l’Internet, un capitalisme de surveillance ou création de connaissances collectives ?

Dernièrement un très bon ami a attiré mon attention sur les aspects bien sombres de l’Internet comme projet politique d’asservissement et d’exploitation des populations, une sorte de nouveau Big Brother . Dominé par quelques sociétés qui règnent sans partage sur ce marché mondialisé juteux, on peut en effet suspecter qu’il ne s’agisse pas d’un projet philanthropique et on voit bien chaque jour un peu plus que le grand Capital trouve là un nouveau champ d’investigation. Il est certain que le risque est non négligeable. Mon ami m’a indiqué en particulier un document  réalisé par la revue Esprit : “L’idéologie de la Silicon Valley”. Pour les auteurs de ce dossier, loin d’être neutres, les entreprises technologiques de la Silicon Valley porteraient un véritable projet politique consistant en une réinterprétation de l’idéal égalitaire, faisant abstraction des singularités et produisant de nouvelles formes d’exclusions. Ce projet favoriserait en outre un capitalisme de la surveillance et son armée de travailleurs flexibles.

Je suis d’accords pour dire avec mon ami qu’il s’agit bien là d’une entreprise capitaliste de très grande envergure ! Je n’ai aucun doute là dessus ! Au plan purement politique il faut, c’est sûr, ne pas être naïf au simple principe rassurant que la technologie sert forcément le progrès ! On l’a bien vu avec la « Science » Nazie dépourvue de toute Humanité qui a accouché des pires atrocités. Loin d’être « neutre » elle peut être, dans ses applications techniques, un puissant auxiliaire de la barbarie. Même si je suis un Geek, fervent utilisateur du Net, des ordinateurs, des techniques numériques, je sais que la technologie peut servir les pires desseins, aussi je ne suis pas un admirateur béat de tout ceci.

Mais je ne suis pas ok pour dire que tout ce qui sort de ces technologies est forcément de nature à nous asservir. J’ai pu constater que certains considèrent tout ceci d’un air hautain et dédaignent volontiers le vulgus pecum qui utilise les réseaux sociaux et l’internet, au prétexte que les contenus seraient d’une pauvreté qui en aucun cas ne pourrait égaler les livres ! Là je m’inscris en faux … pour moi tout média est potentiellement porteur d’information et de connaissance. En outre les nouveaux vecteurs multimédias sont très performants et participent de nouveaux langages autrement plus puissants pédagogiquement que le texte pur pour faciliter la compréhension de la complexité du Monde. Enfin, ils permettent à tout un chacun de devenir créatif – certes, ceci peut effectivement gêner les tenants de l’élitisme littéraire – Mais je suis de ceux qui pensent que nous avons tous le droit de nous exprimer, pas simplement les intellectuels patentés ! Et donc pour moi Internet et ses moyens d’expressions informatisés augmentent notre puissance de pensée et d’action d’une façon qui n’a jamais existé auparavant ! En ce sens il s’agit bien d’un progrès. De plus la fulgurance du partage et de la vulgarisation de la pensée et donc de la confrontation des points de vue sous-tendent notre capacité à devenir plus intelligents collectivement. Et comme je crois que l’intelligence triomphe toujours de la bêtise et de l’ignorance je ne veux pas jeter le bébé avec l’eau du bain! A condition d’être au FRONT, là où l’ignorance sévit. D’où la nuance que j’oppose à mon ami et à sa vision pessimiste de cet univers digital …

Par contre, et c’est là un point clé, cela ne signifie pas pour autant que l’école soit devenue moins utile, bien au contraire, il faut qu’elle s’adapte, se transforme. MUTATIS MUTANDIS cela commence à être le cas. Non seulement pour nourrir la pensée et libérer l’esprit critique MAIS EN MÊME TEMPS pour apprendre à s’exprimer sur le fond et sur la forme. La forme qui passe aussi aujourd’hui bien plus qu’hier et bien moins que demain par des moyens informatiques, des logiciels, des algorithmes, des processus, le travail collaboratif, la structuration, les taxonomies, les codes, les langages, la logique … J’ai peur que les tenants des formes classiques d’expression ne soient bientôt plus en mesure de voir à quel point les moyens numériques mis à notre disposition (moyennant finance) sont puissants dans le classement de l’information, son partage, sa mise en valeur, pour in fine donner du sens en luttant contre l’entropie. Encore faut-il y veiller. Aussi ceux qui déconsidèrent tout cela resteront bientôt seuls avec leurs vieux livres en déblatérant sur un Passé regretté auprès de tous les exclus du Numérique qu’ils n’auront jamais su aider sur ce chemin. Dommage !

Quant à l’aspect relatif à la récolte des informations sur ma petite personne, dans la mesure où ceci peut m’aider à me guider dans le labyrinthe, je suis pour. Je suis très imparfait comme tout homme et je ne demande qu’à progresser en utilisant la connaissance qui circule. Pour cela je dois comprendre comment me connecter à ces flux. De plus je ne crois pas être suffisamment important pour que toutes données me concernant soient utilisées à mon insu pour me nuire. D’autant plus que contrairement à ce que pense certains de mes amis je pense que nous vivons en France dans un Pays qui respecte la liberté. Maintenant si cela devait changer en pire, si il m’arrivait de souhaiter cacher des informations, pour ma part et du fait de ma proximité avec ces technologies, je sais utiliser des logiciels cryptés. Par exemple j’utilise un système de CLOUD personnel qui est crypté. Ces dispositifs devraient être rendus accessibles à tous à couts réduits. Mais on peut encore utiliser un papier et un crayon ! On peut aussi encore couper le courant et passer par des moyens plus rustiques et moins énergivores !!! Donc si vous n’aimez pas Internet et ses risques, n’en dégoutez pas les autres !!!

Par contre je suis persuadé que pour aider à la mise en place d’une éthique et du contrôle interne nécessaires il faut ABSOLUMENT que les GAFAM soient transparents sur les algorithmes qu’ils mettent en oeuvre et participent au financement de cette nouvelle société de l’esprit en reversant au prorata de l’usage de leurs moyens à chaque Pays utilisateurs la juste rétribution sur les revenus qu’ils récoltent sans vergogne. Cela prendra du temps. Beaucoup de temps. Et peut être même que cela passera par une refonte totale de la MATRICE. Cela demande qu’on s’intéresse et s’implique dans la gestation, l’utilisation, la compréhension de ces technologies et de la nouvelle Humanité qu’elle peut engendrer.

Pour moi, l’inéluctabilité n’est pas dans l’asservissement des Peuples par une Technocratie dominatrice menée par des lobbies virtuels et vicieux, mais plutôt dans l’évolution de la constitution même de nos langages et de nos inter-relations, et de la capitalisation de nos connaissances, qui plus est, au niveau Planétaire. Internet, ce reliquaire mondial en expansion constante développe tous les jours un peu plus un monde virtuel qui participe de notre réalité, de notre environnement. Il faut lui donner du SENS avec détermination. Comme donner du sens à la vie. C’est pourquoi je veux en être et dire : j’ai participé. Dans mon idéal, le meilleur reste à venir !

Mais c’est sûr, il faut veiller au grain pour ne pas être transformés en moutons de Panurge par les marchands du Temple … Donc  il nous faut apporter notre pierre à l’édifice et œuvrer en diffusant sur Internet, par tous les moyens, des informations qui suscitent la réflexion, les nouvelles idées et qui dynamisent une attitude critique (et non pas de critique comme on le voit trop souvent) en stimulant la recherche de la vérité sous tous ses angles. Nous ne devons pas nous borner à lire, à mettre des liens vers ceci ou cela. Il faut CREER. Il faut occuper le terrain et ne pas se comporter en simple consommateur d’information.

Je considère donc internet comme un vecteur de plus dans ma panoplie de “cherchant” (ouis je sais “des chercheurs on en trouve, des trouveurs on en cherche …). Je ne peux pas l’ignorer au prétexte qu’on m’espionne, qu’on sait où j’habite, qu’on connait mes goûts, qu’il y a de la publicité et des tas de conneries ! Je ne peux pas l’ignorer au prétexte que c’est consommateur d’énergie, pas éthique pour deux ronds, que certains s’en mettent plein les poches au passage, ou que c’est un énorme tas de merde ! Car au milieu de cette Merde se trouvent des trésors. Cherche et tu trouveras !

Par contre, il est bien certain que cela ne suffit pas à apporter des “connaissances”. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, il faut tout comme avec les livres,  faire des efforts intellectuels car l’Internet n’a rien d’automatique en terme d’acquisition de connaissances !

Rappelons ces définitions :

– L’information est extérieure au sujet qui en dispose ou en prend connaissance. Elle est stockable, quantifiable et qui peut être mise en forme ( à ce niveau Internet apporte un vrai +).
– La connaissance est le résultat intériorisé de l’expérience individuelle de chacun, mais reste globalement intransmissible dans la mesure ou il n’existe pas de langage possible pour en exprimer la globalité.(Internet apporte là aussi une vraie plus-value par son accès quasi universel)
– Le savoir  résulte d’un effort d’objectivation, d’un processus de construction intellectuelle, le sujet est conduit à « refaire le chemin ».

La construction et le fondement du savoir s’organisent dans une démarche interactive entre information et connaissance, un va-et-vient entre un processus d’objectivation et de subjectivation, personnalisation et dépersonnalisation. Ce travail induit des aller-retour entre ce qui a sens pour le sujet dans son histoire passée et ce qui peut prendre sens dans son histoire future.

Une connaissance strictement personnelle ne peut être partagée que par l’utilisation d’un langage, d’un code et d’une syntaxe connue d’un groupe social, qu’il soit verbal ou non verbal, alphabétique ou symbolique, technique ou politique. En faisant partie de la mémoire collective, ce langage fournit à chaque individu les possibilités de son propre développement tout en exerçant un fort contrôle social sur lui. Ainsi, le langage est à la fois individuel, communicationnel et communautaire. Par exemple lorsque je vais sur des sites Internet Hollandais je ne comprends rien. Par contre je peux utiliser les services de traduction en ligne pour comprendre les textes … Avec Internet la barrière du langage s’estompe.

Attention cependant car ce n’est pas tant un problème de traduction que de sens : dans une conversation, deux interlocuteurs peuvent arriver à partager des mêmes points-de-vue s’ils établissent un processus de coopération : écoute active, participation, questionnement, adaptation sémantique, feed-back, reformulation. En effet, si le mot, comme symbole collectif, appartient à la communauté linguistique et sémantique, le sens qu’il recouvre est purement individuel car il est intimement lié à l’expérience et à l’environnement cognitif dans lequel se place l’individu. Il ne faut donc pas confondre information et connaissance. Voici un schéma intéressant :

InfoetConnaissance1

Où l’on comprends que tout en haut de la pyramide surgit la compétence.

Pour les organisations collectives, la transmission des savoirs individuels est essentielle. Car sans transmission, aucune capitalisation n’est possible ! Il faut donc être conscient qu’il y a plusieurs niveaux de connaissances :

InfoetConnaissance2

L’axe individuel / collectif est mis en relation avec l’axe tacite / explicite. Cette répartition est en effet importante pour expliquer les différents modes de transmission du savoir …

InfoetConnaissance3

La socialisation représente l’interaction des individus dans un groupe de personnes. Les transmissions du Savoir de ce type se font par l’observation (consciente ou pas), par imitation, par échanges de pratiques et d’expériences. La formalisation désigne l’explication des pratiques par le discours ou l’écrit. L’intériorisation représente la capitalisation et l’assimilation de l’information. La combinaison permet la création de nouvelles connaissances par l’intermédiaire de déductions ou d’inductions. Mais tout cela demande du temps …

Internet permet de gagner du temps. Il faut cependant être très vigilant quant à la qualité des informations accessibles … Je rappelle donc un texte que j’avais écrit dans mon Blog sur l’Information et son partage.

Mais, l’actualité nous rappelle à la dure réalité et nous apprend que Michel Serres vient de nous quitter. Je l’aimais beaucoup. Il est maintenant dans mon Panthéon personnel …  Cliquez sur ce lien : Le voici donnant son avis sur le « Numérique ». Où vous vous rendrez compte qu’il avait le même avis que moi … Mais il le disait avec une bien plus grande précision. Ce qu’il a dit sur le « Numérique » est fondamental pour comprendre que désormais l’espace où nous habitons, n’est plus un espace de concentration physique , mais un espace de distribution d’informations et cette distribution, où qu’on soient, fait que nous sommes voisins, tout de même. Prenons conscience que la plupart de nos actions, que la plupart de nos assemblées, que la plupart de nos réunions datent désormais du moment où nous habitions un autre espace…

Ce sera la conclusion de mon article … En dire plus pourrait être considéré comme un défaut quasi pathologique !!! D’ailleurs si vous êtes arrivés à lire tout cet article vous avez eu bien du courage !!! Tout ça pour dire que bon ! M’enfin ! Quoi ! Puisque je vous dis qu’Internet, les ordinateurs et tout ça, ça ne présente aucun risque ! Bien évidemment! C’est pas fatigant. Y’a qu’à rester le cul sur un siège, peinard. Toute la sainte journée. Et même la nuit … Mais bien sûr ! Allons, allons …

BabyPunk

Tout ça mérite un peu de Musique … Par exemple avec Féodor Dosumov, ce guitariste Russe est décidément fantastique !

Publicités

A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
Cet article a été publié dans Information, Internet, Philosophons un peu, Politique, Serres. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour l’Internet, un capitalisme de surveillance ou création de connaissances collectives ?

  1. visocchi dit :

    Bonjour
    Tu risque rien … tant que tu n’est pas un lanceur d’alerte .

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s