Voici pourquoi je suis un laïque agnostique …

Ciel

J’ai l’habitude d’écrire mes différents points de vue contradictoires pour essayer par ce travail d’introspection de les accorder à la fin. C’est comme cela que j’apprends ! Voici donc un nouveau petit pensum, avec toujours, et comme d’habitude des phrases trop longues et des chemins tortueux. Il est issu de mon questionnement personnel et de mes conflits internes sur mes positions vis à vis de la Laïcité. Il est aussi issu des discussions avec mes amis et aussi de mes lectures et de mon cheminement.

Je remercie au passage Hubert.S pour ses critiques constructives et le Philosophe des Sciences Etienne Klein que j’écoute beaucoup et qui dit plus savamment que moi, exactement ce que je pense …

Je reviens sur mon précédent article traitant des fondements philosophiques de la Laïcité.  Je souhaite en effet continuer à creuser ces sujets qui me passionnent …Certes, la Laïcité, je la défends. MAIS en fait je me fais un peu violence à défendre cette forme « d’œcuménisme ». Il faut que je clarifie, déjà pour moi même, ma position quelque peu Laïciste … Je vous livre ici le conflit interne qui me tourmente à ce sujet (enfin il ne faut rien exagérer non plus) :

Même si la laïcité n’est pas la gestion du pluralisme religieux, et même si elle est au contraire le souci de l’universel et des valeurs communes je reproche à la laïcité d’être « relativiste » en  mettant à égalité les religions et leur négation. En effet, si on respecte la Laïcité, il n’y a pas de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et scepticisme. C’est ainsi que la liberté de conscience et le droit de pratique des cultes religieux reçoivent le même niveau de protection ! Dans ces conditions les pratiques religieuses sont protégées, ce qui a le potentiel de contredire (voire de s’opposer à) tous les autres droits civiques. Certains ne s’en privent pas ! Intolérance, ignorance et stagnation en sont le résultat. À mon avis, ce droit de pratique ne devrait être protégé nommément que dans la mesure où il est assujetti au respect entier des autres droits (et devoirs) de notre République (entre autres étudier dans l’école laïque car on peut alors se construire une autre représentation du monde . On est plus “soumis”).  Par ailleurs, en pur rationaliste, je considère plutôt que la laïcité doit être utilisée comme un moyen pour instaurer une sécularisation complète de la société. Et d’ailleurs je dirai que, intrinsèquement, il me semble bien qu’elle prépare ce chemin de lucidité en donnant la possibilité d’accepter librement le raisonnement logique, les connaissances issues de la démarche Scientifique et les pensées de Philosophes divers et variés. Le doute qui est ainsi rendu possible est le premier pas vers la liberté de choisir sa voie. Je vois donc la Laïcité plutôt comme une posture transcendantale à toute croyance, c’est-à-dire qu’elle ne doit pas s’adapter à l’une ou l’autre mais être au-delà. Il est clair pour moi qu’elle devrait être le levier, le treuil « ontologique » (oui carrément) ,  qui permet à l’être de se libérer des dogmes quels qu’ils soient pour accéder à la vérité et à la Modernité.

Il ne s’agit pas de blasphémer ou de faire de l’anticléricalisme primaire, mais, pour moi, Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti…”  Et comme l’a bien dit Salman Rushdie : « Si vous pensez que le monde est plat et que vous le croyez en toute sincérité, que vous allez dans une église où tout le monde pense la même chose, eh bien moi je me revendique le droit de pouvoir dire que vous êtes un crétin. » D’ailleurs Je pense que ce n’est pas légitime, défendable, dans une société sécularisée, démocratique, de parler de la religion sans évoquer qu’il y a de plus en plus de gens qui sont athées, qui sont agnostiques. Qui peuvent avoir une spiritualité sans Dieu, qui peuvent aussi aimer leur prochain et qui pensent que c’est dans l’humanisme qu’on doit chercher les bases du vivre-ensemble, de la moralité et de l’éthique. Pas dans les religions. De plus, je ne suis pas favorable à une Nation qui encouragerait les Communautarismes, de ceux qui trop souvent réclament des privilèges légaux spécifiques, en dehors de la Loi Civile établie démocratiquement et qui pose le primat de la citoyenneté sur les appartenances communautaires, raciales, ethniques ou religieuses.

Alors, c’est un peu un cas de conscience : Affirmer et défendre l’idée qu’il est bon de défendre la liberté de croire alors que fondamentalement je considère cela comme une attitude infantile et naïve, voire immature, ne serait-ce pas une forme de malhonnête intellectuelle ?  C’est pourquoi je suis toujours un peu gêné car je trouve assez démagogique de clamer en tant qu’Athée Laïque « chacun peut croire ou ne pas croire » alors que mon véritable dessein est de plutôt partager la rationalité, la logique et la cohérence, voire le gouffre sans fond de la connaissance froide. Par le raisonnement, par la philosophie. Et pas par la mystique… Ne serait-ce pas une forme de  taqîya … La taqîya inversée de l’Athée laïque qui dit « Vive la Laïcité » et qui pense au fond de lui-même « A bas la calotte » ???

Par contre,  je pense bien évidemment que la liberté de croire ou de Culte est une liberté individuelle, donc respectable. Ce qui n’est pas respectable, c’est quand cette croyance se clôture, se barricade et se transforme en langage totalitaire. Mais soyons réalistes, en balayant la religion sous le tapis, on risque d’engendrer racisme, xénophobie et réactions haineuses. L’équation n’est pas simple …  Mais cela n’empêche nullement les Forces de Progrès de faire partager et diffuser les connaissances (et pas des croyances) auxquelles l’Humanité est parvenue à force de raisonnement, de lucidité, de persévérance et de courage pour faire en sorte d’expliquer en quoi certains dogmes sont naïfs, voire simplement faux et aussi en se libérant des idées reçues. Et puis notre éducation devrait nous apprendre que d’autres hommes apprennent à aimer d’autres dieux dans d’autres cultures, puisque le même dieu n’a pas la même forme selon les cultures.  Toutefois je reste assez laïciste en ce qui concerne la liberté laissée à une « église », un « appareil », une organisation,  pour imposer un point de vue religieux à des « fidèles » ou des « fidélisés », en s’adressant à eux comme des enfants en bas âge. Car il ne s’agit pas d’une liberté de penser individuelle, il s’agit d’une liberté laissée à des groupes de pression pour continuer à brider délibérément la liberté de conscience, l’esprit critique, l’entendement individuel et prendre l’ascendant sur des Citoyens, au nom d’un dogme – certes me direz-vous, c’est souvent plus “culturel” que “cultuel” – mais cela peut aussi être conduit à des fins expansionnistes quand ce n’est pas à des fins politiques. Ceci peut conduire la fâcheuse intolérance intégriste religieuse qui se développe comme un cancer, à contredire rageusement le partage des connaissances qui pourraient dévoiler cette mascarade. Pour moi c’est condamnable, en particulier dans un Pays qui se targue de ses “Lumières”  et où chaque Citoyen devrait pouvoir disposer d’une entière liberté d’examiner, de questionner, de critiquer, de mettre en doute (enfin, en tous cas en se respectant mutuellement) . Tout dogmatisme est un frein à l’émancipation des consciences. Non seulement il n’est basé sur aucunes preuves tangibles mais de plus il bloque l’esprit critique, indispensable pour comparer, soupeser le vrai du faux, envisager d’autres perspectives.  Et le pire c’est que plus on est ignorant , plus on est bête, et plus on croit aux solutions simplistes ! Il faut mettre un terme à ce cercle vicieux ! Je suis de ceux qui pensent que la République laïque devrait lutter bien plus âprement contre toutes les formes d’obscurantismes que peut induire une Religion poussée à l’intégrisme, en particulier par l’école, gratuite, et en même temps obligatoire pour tous les enfants de 6 à 16 ans.  Car si on sollicite des Droits, on a aussi des Devoirs. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement !

Alors, pour ceux qui, face à ma non croyance, m’objecteraient que la plupart des religions recommandent d’aimer son prochain, je rétorque tout comme Albert Jacquart le disait, que malgré ce bel objectif, elles ont souvent sécrétés des comportements d’exclusion des “paiens”, “infidèles”, “ennemis du vrai Dieu”, “apostats” “mécréants” etc … qui ne sont plus regardés comme des prochains, des Frères, mais comme des adversaires à éliminer. Ce n’est pas au nom d’une volonté divine qu’il faut “aimer son prochain” mais au nom de notre lucidité sur la réalité humaine. La lucidité est pour moi un des fondements de la Laïcité … Quant à la Prière, elle ne me manque pas. Je la considère ni plus ni moins qu’une addiction ! Mais, rassurez-vous, comme dirait Michel Onfray : “Je préfère un croyant tolérant à un athée intolérant, un curé accessible à la raison à un militant borné de la Libre-Pensée, un moine de dialogue à un mécréant qui insulte et méprise”.

En tous cas, nous sommes toujours dans une compétition entre les croyances et les connaissances. Pourtant, avec tout ce que l’on sait aujourd’hui, grâce à la Logique, à l’étude des conditions formelles de la vérité, on ne peut pas dire tout et son contraire et tous les points de vue ne se valent pas ! On ne peut pas déconstruire l’idée de vérité, dire que la vérité n’existe pas, qu’elle est culturelle, historique, éphémère…  Un homme qui sait que son espèce n’a pas cessé d’évoluer et que l’univers est vieux d’au moins 13,7 milliards d’années ne pense pas de la même façon qu’un autre qui croit dur comme fer qu’il a été créé tel quel en six jours dans un univers qui n’aurait que six mille ans ! Il faut cependant rester très vigilants car si nous ne savons pas dire comment nos connaissances sont devenues des connaissances alors elles seront traitées comme des croyances… En particulier  quand la parole scientifique est discréditée il est facile d’affirmer que nos connaissances sont des croyances.

Nos connaissance issues de la Science ne peuvent pourtant en aucun cas être assimilées à des certitudes dogmatiques  pouvant constituer un obstacle à l’édification d’une authentique société laïque. Définitivement non. Pour la bonne raison qu’en aucun cas, me semble-t’il, la Science ne peut être qualifiée de certitudes dogmatiques ! La Science n’a pas de dogme, ni certitudes, car l’attitude scientifique c’est justement la capacité à remettre en question les théories et les soumettre à l’expérimentation pour en tester la véracité. Les théories ont un rôle zététique, euristique et architectonique. Il ne faut donc pas comparer connaissance et croyance. Or la Laïcité pourrait laisser à penser que c’est KIF KIF. Pas d’accord !  Si  il y a des individus scientifiques qui se prennent pour des grands Prêtres, ou qui ont des lubies, ou qui font des fixations, ou qui sont autistes voire carrément psychologiquement atteints, même si géniaux, ils sont avant tout des Hommes, donc imparfaits. Donc, oui, il y a  des scientifiques dogmatiques voire limite manipulateurs …  Mais, même si certains affirment péremptoirement alors même que leur théorie est battue en brèche, cela ne signifie nullement que la vérité scientifique est dogmatique. Et, fort heureusement, la Communauté scientifique ne peut pas être dogmatique en tant que Communauté, si elle applique la méthode scientifique et la respecte en toute rigueur : Une théorie est réfutable. Elle est vraie jusqu’à preuve du contraire et en général les scientifiques se plient à ce principe. L’attitude rationnelle implique non seulement le doute mais aussi la remise en cause devant la démonstration scientifique ultérieure. Le critère de la scientificité d’une théorie réside  dans la possibilité de l’invalider, de la réfuter ou encore de la tester. Par conséquent aucune théorie, même la plus parfaitement établie dans la communauté scientifique, n’est à l’abri d’une éventuelle réfutation ultérieure. Il faut donc considérer « toutes les lois ou théories comme hypothétiques ou conjecturales, c’est-à-dire comme des suppositions. ». Ce qui signifie que les nouvelles théories ne sont que des approximations meilleures que celles qui les ont précédées. Le problème précédent étant résolu dans un état de « quasi-consensus », une nouvelle manière de penser est établie et fait école puis cette innovation entraîne ensuite une diffusion des nouvelles idées. C’est un processus itératif. Les suites de découvertes physiques  viennent modifier les termes en lesquels on doit poser certaines questions philosophiques. Et à chacune de ses avancées majeures, la Science se nourrit de ses controverses. Ainsi , nous ne pouvons que nous approcher toujours plus de la vérité. Les sciences se distinguent donc du dogmatisme en tant que savoir en progrès, soumis à l’expérience et produisant un savoir effectif mais qui ne peut être de l’ordre d’une vérité métaphysique illuminatrice, ne laissant plus rien d’inexpliqué, car chaque résultat soulève de nouvelles questions. Nous découvrons grâce à la science toujours plus l’étendue de notre ignorance à mesure même qu’elle progresse dans la compréhension. Aussi, dire de la science qu’elle fige les connaissances scientifiques dans des certitudes absolues, laissant penser que la vérité scientifique établie pourrait être définitive est une conception naïve et bien peu scientifique !

Pourtant, au fond, est-ce que la Religion et la Science parlent de choses si différentes ? Je n’en suis pas si sûr. Comme le dit Etienne Klein et comme je l’ai toujours pensé : Tout le Monde parle de l’origine, mais personne ne la dit jamais, ni les Religions, ni la Science. Si on prend la Genèse par exemple, c’est une bien belle histoire, mais qui ne décrit quasiment rien ! C’est très incomplet. Cela me laisse sur ma faim. J’ai envie de poser des questions à celui (ou ceux) qui l’a ou l’ont écrit… Car, même si l’on y croit, est-ce que Dieu sait ce qu’il fait quand il appuie sur le bouton ? Et pourquoi il appuie sur le bouton ? Ce n’est pas dit ! Est-ce qu’il a un projet en tête ? Est-ce qu’il sait ce qui va se passer ? Ou est-ce qu’il est surpris par ce qu’il découvre ? Quelle est son idée ?  Ce n’est pas dit ! Comment ça se passe concrètement ? Ce n’est pas dit. Est-ce qu’il pense à installer des Lois physiques ? Ce n’est pas dit. Pour moi c’est simpliste et surtout incomplet : c’est une narration qui n’est pas du tout un récit de « l’origine » !!!  C’est un récit simplement humain. C’est très anthropocentrique et naïf.

Ceci étant dit, et c’est un comble pour moi qui suis rationnel, il faut bien avouer que c’est pareil pour les discours scientifiques qui partent toujours d’un « déjà là ». Non seulement l’approche scientifique peut être « antipathique » car elle prend ses distances avec nos émotions, notre “affect”,  mais, de plus, les scientifiques sont incapables encore aujourd’hui de décrire l’Origine. Je n’ai pas dit le Big Bang, je dis l’Origine. L’Origine de tout. Pourquoi y-a t’il quelque chose plutôt que rien… Ce n’est pas parce que je suis incroyant que cela ne me questionne pas, bien au contraire ! On connait énormément de choses au plan de la Physique, mais on n’a aucune hypothèse scientifique sur l’Origine ! Et même si un jour on avait une théorie complète des interactions des particules, est-ce que cette théorie permettrait de comprendre comment est apparu un Monde physique obéissant à cette théorie ? Pas si sûr ! Et de toute façon je pense que personne ne peut prétendre résoudre l’énigme de la condition humaine avec  la Science pour seule aide !

Je ne vais cependant pas accabler les Scientifiques. Il faut être simplement réaliste. En réalité, quand un scientifique parle c’est lui qui parle, c’est un humain qui parle, il reste le fruit de sa culture, de son époque, de son langage. Tout savoir étant construit socialement, pris dans le paradigme de l’époque. Imaginer ce que la Science dirait si elle pouvait parler c’est quelque chose dont personne n’est vraiment capable. A chaque fois que l’on commente la Science on dit sans doute autre chose que ce que la Science dirait si elle pouvait parler… Nous disons des choses trop souvent approximatives et qui vont charrier avec elles des « à priori » clandestins que nous ne maitrisons pas. On injecte dans nos discours des choses qui viennent du langage et de nos cultures respectives. Evidemment que la Science est la Science mais la dire avec des mots c’est toujours, pour être bien fait, quelque chose qui nécessite un travail critique, sur soi, et aussi  sur le langage. Parce que la langue a plutôt tendance  naturellement à dire “je crois que” et reste imprégnée de la vision religieuse du Monde et de sa Genèse et de nos émotions humaines …  Tout discours scientifique est donc une sorte de “pseudo Science” par manque de précision, par manque de connaissances, par manque de vision globale ! Donc si on veut dire la Science par la langue il faut la creuser comme une langue étrangère pour pouvoir extraire l’originalité des messages qui viennent de la Science. On peut donc être un très grand scientifique et mal parler de la Science ce qui peut d’ailleurs « enkyster » dans la Culture des idées fausses. On a déjà vu cela maintes et maintes fois. Par exemple l’atome tel qu’on l’a appris dans nos écoles, dussent-elles être celles de la République, n’était pas le bon modèle. C’est la Physique quantique qui nous apprend que les particules ne sont pas des “objets” au sens où on l’a appris : les particules élémentaires sont des champs quantiques ou plus précisément des unités d’excitation d’un champ quantique (électromagnétique pour le photon, électronique pour l’électron, de Higgs pour …le boson de Higgs). Ce qu’on appelle “corpuscule” est la mesure qu’on fait de la réalité, c’est à dire qu’il faut être un observateur conscient pour que le monde physique apparaisse dans toute sa complexité.  Mais nous ne voyons pas assez de dimensions, donc nous ne voyons pas la réalité. Le monde physique n’est donc qu’une idée, il n’est pas ultimement vrai,  parce que nous tentons d’imaginer la réalité avec les images que notre cerveau est capable de concevoir, basées sur ses capteurs (vue, son, odeur, toucher) qui sont insuffisants pour l’appréhender pleinement. On ne sait pas “imager” le concept autrement qu’avec nos pauvres mots. Peu de gens d’ailleurs savent se représenter ces concepts. Par exemple, Antoine Laurent de Lavoisier, l’inventeur de la chimie moderne, avait compris que la science réclame, lorsqu’elle progresse, que le langage lui-même soit perfectionné. Il écrit, dans son Traité élémentaire de chimie : « On ne peut perfectionner le langage sans perfectionner la science, ni la science sans le langage, et quelque certains que fussent les faits, quelque justes que fussent les idées qu’ils auraient fait naître, ils ne transmettraient encore que des impressions fausses, si nous n’avions pas des expressions exactes pour les rendre ». De tels propos, tenus au moment de la Révolution française, demeurent d’une grande justesse, alors même que la production des connaissances s’accélère. Irréductiblement, un déphasage s’accroît entre ce qui est communément dit et ce qui est nouvellement su. Par conséquent, cela demande des formes d’expressions très sophistiquées et donc beaucoup d’efforts. Les expressions mathématiques sont le mieux que nous puissions faire de prime abord pour entrer en contact avec ce réel très lointain, mais cela n’est compréhensible que pour ceux qui en ont la compétence. Aussi, notre expression doit évoluer, nos langages doivent s’enrichir encore et encore, et notre conscience avec.

C’est pour ça que la question de comment on doit dire ce qu’on sait est une question d’éthique et de vigilance ! C’est dans les mots que la pensée existe. Il faut donc être conscient de la limite des mots qu’on utilise …   Ce qu’ on peut dire à ce niveau c’est que l’expression ne fait sens que du point de vue du récepteur de l’information. Or, sans les clés de décodage ou décryptage appropriées le sens n’apparait pas ! Ne dit-on pas : « Tout ressemble à un clou pour qui ne possède qu’un marteau » ? Une connaissance strictement personnelle ne peut être partagée que par l’utilisation d’un langage, d’un code et d’une syntaxe connue d’un groupe social, qu’il soit verbal ou non verbal, alphabétique ou symbolique, technique ou politique. En faisant partie de la mémoire collective, ce langage fournit à chaque individu les possibilités de son propre développement tout en exerçant un fort contrôle social sur lui. Ainsi, le langage est à la fois individuel, communicationnel et communautaire.  La connaissance d’un dictionnaire commun est indispensable. Par ailleurs les idées qui nous dérangent sont des idées qu’on a du mal à intégrer. Comme disait Bachelard : « Faire de la Science c’est penser contre son cerveau« . C’est accepter des idées ou des évidences ou des lois qui contredisent toujours ce qu’on pense spontanément ou ce qu’on observe. Cela demande donc que le cerveau soit capable de se mettre en « porte à faux » par rapport à lui-même. Du coup, il y a beaucoup de gens qui refusent d’entendre la Science car c’est dérangeant pour leur confort psychique.

Malgré le caractère volontiers “laïcard” qui me caractérise, je ne suis pourtant pas un intégriste de la Science ou de la Raison. En effet, je reconnais que les rêves les plus  délirants permettent parfois de trouver des solutions à certains problèmes. On peut aussi appeler ça des expériences de pensée (Oui, enfin, tout le monde ne s’appelle pas Einstein !).  Alors, pour en revenir à la Laïcité, qui permet la multiplicité des points de vue, en toute liberté, on doit estimer que c’est une richesse, quand bien même certains points de vue sont à l’évidence déistes voire totalement farfelus ! Un brin de folie qu’elle soit déiste ou pas  est parfois utile car quand il disparait il ne reste souvent plus rien … Et puis la foi ne s’oppose pas toujours radicalement à la raison (Quoique …) . Entre l’imaginaire et la rationalité, ce qui compte c’est la confrontation des idées, de l’imagination, pour questionner le réel du Monde, en toute liberté d’expression. Car c’est grâce aux désaccords que des solutions nouvelles peuvent être prédites et détectées . Des hypothèses peuvent ensuite être formulées pour expliquer ces désaccords. Une théorie dont personne ne sait si elle est vraie ou pas, peut par la suite ainsi  être démontrée par le calcul, en réinterprétant l’observation du réel. Du coup, les choses qui n’existent pas, n’existent pas pour rien. Elles engagent le débat. Enfin, surtout quand le débat est de meilleure tenue que si ce sont uniquement des croyances qui s’opposent … Ainsi, le  débat scientifique  dure depuis 2500 ans. Même si on ne sait toujours rien de l’Origine, depuis cette époque les scientifiques ont compris avec une précision incroyable beaucoup de choses. Victor Hugo disait : « La Science va sans cesse en se raturant. Ratures fécondes … ». On progresse, on progresse …

Il n’empêche : Il y a des questions irréductibles. Comme la question de l’efficacité des Mathématiques en Physique par exemple. Comment se fait-il qu’en écrivant des équations on décrive une bonne partie du réel ?  Est-ce qu’on peut comprendre ça ou est-ce qu’on peut simplement le constater ? N’est-ce pas une question Métaphysique ?  Il faudra bien toute l’imagination du Monde pour s’approcher de la Vérité. Tant celle des croyants, que celle des incroyants. Car, au final, ‘‘L’important n’est pas de convaincre mais de donner à réfléchir ’’… Certes, même si on ne fait pas toujours du Bonheur avec la Vérité, il faut espérer et surtout il faut espérer en l’Homme ! Pour ma part, ce sera un homme ou une femme totalement libre, non inféodé à quiconque, esclave ni de ses vices éventuels ni d’une doctrine religieuse, scientifique ou politique et déterminé à agir sur le monde, dans un esprit altruiste et bienveillant ( J’ai de sacrés progrès à faire …) Cela devrait servir à cela la Laïcité. Cela constitue un programme d’une exigence sans faille qui me rappelle furieusement cette devise du Philosophe Baruch de Spinoza que j’affectionne : « Ni rire, ni pleurer, ni haïr, mais comprendre. » Pour devenir chaque jour un peu plus conscient et donc un peu plus libre !

Bon, ça c’est fait ; j’y vois un petit peu plus clair … Mais je n’ai toujours pas expliqué pourquoi je suis agnostique. En voici la raison :

Les physiciens nous ont apporté la preuve scientifique qu’il y a 13,7 Milliards d’années l’Univers était très dense et extrêmement chaud. Ce n’est pas un chiffre arbitraire et ce n’est pas une croyance. C’est une connaissance formelle. Nous sommes ainsi capables de raconter l’évolution de l’Univers depuis cette époque.  Remonter jusqu’à y a 13, 7 Milliards d’années, c’est la dernière phase que nous pouvons comprendre de son histoire. Certains appellent cela le Big Bang, ou le mur de Planck. Mais nous n’avons aucune preuve d’une origine absolue de l’Univers, ni aucune preuve qu’il n’a pas eu d’origine.

L’Univers a-t’il été précédé par du Néant ? Mais alors quelle est  cette transition qui fait passer de l’état de l’absence de toute chose à un état ou au moins une chose existe ? On est libre de croire qu’il existe un être soit immanent ou soit transcendant, faisant partie de l’Univers ou n’en faisant pas partie qui serait  à l’origine de tout. Mais du strict point de vue de la Science, est-ce que nous pouvons décrire, comprendre et expliquer une  transition entre le Néant et l’Etre ??? Non pour l’instant !  Il semble bien que l’origine absolue de l’Univers si elle a eu lieu, n’est pas (encore) dans l’escarcelle de la Science.

Pourtant, grâce à la Science, grâce aux progrès de la Physique, nous avons compris l’origine des étoiles, nous avons compris l’origine des atomes, nous savons exactement et sans l’ombre du moindre doute comment les atomes ont été formés, depuis  l’Hydrogène jusqu’à l’Uranium.  … Nous avons déterminé toutes les réactions nucléaires qui ont permis, à partir de Protons et de Neutrons qui étaient là dans l’Univers primordial, de constituer des atomes d’Hydrogène, d’Hélium, de Lithium, etc … jusqu’à l’Uranium, en passant par le Fer et tous les autres ( c’est ce qu’on appelle la Nucléosynthèse). Les éléments comme le silicium, le fer, l’aluminium, l’oxygène etc. ont été produits par fusion dans les premières étoiles et éjectés dans l’espace par leurs supernovas. Les nuages moléculaires de ces matériaux se sont agrégés du fait de la gravitation autour de nouvelles étoiles pour constituer les planètes (via le phénomène gravitationnel de l’accrétion) . Nous avons compris que, en gros, tous les atomes, y compris ceux qui constituent nos corps ont été fabriqué dans des étoiles grâce aux réactions nucléaires qui se produisent en leur sein ou bien dans des explosions d’étoiles très massives, les supernova, qui  fabriquent les atomes les plus lourds. Depuis cette lointaine époque, et sur la base de ces atomes primordiaux (carbone, Hydrogène, Oxygène…) et grâce à l’énergie de notre Soleil et des durées inimaginables, la vie est apparue d’abord sous des formes très simples puis l’évolution, l’adaptation à l’environnement, le hasard, ont permis des agencements plus complexes de la matière. Les êtres vivants sur la Terre sont les résultats de cette lente évolution/gestation. Ces êtres vivants sont des structures constituées, pour tout ou partie, d’une ou de plusieurs molécules d’acides nucléiques (ARN et ADN) programmant leur déroulement vital; cet acide nucléique constitue le patrimoine génétique dont la propriété première est de pouvoir se répliquer. Nous savons aujourd’hui que même le psychisme des animaux (dont l’homme) a formé ses fonctions actuelles par un processus  d’évolution darwinienne au cours des dernières 6 millions d’années (300 000 générations humaines): apparition et développement de fonctions psychiques et survie des mieux adaptées et plus prolifiques. C’est le cas de l’Homme qui est doté d’une conscience puissante qui peu à peu s’est affinée. Aujourd’hui nous arrivons à une phase d’évolution “post-Darwinienne” ou la Nature intervient beaucoup moins sur l’évolution humaine car l’Homme a conçu la technologie qui engendre à son tour des niveaux de complexité pour lui permettre de se prolonger dans une réalité plus vaste encore. À l’ère de la technoscience, notre pouvoir sur la nature s’est étendu radicalement, au point de transformer l’horizon du possible en permettant l’éclosion d’une civilisation globale de la pensée grâce au partage de l’information et de la connaissance sous des formes encore plus « efficaces ». Nous ne sommes qu’au début de cette jeune conscience. Aurons nous le temps de l’élargir à d’autres espaces, à d’autres écosystèmes, à d’autres formes de vie, avant de disparaître tel un flash de lumière dans l’espace infini des temps? Là est la vraie question. De toute façon nous disparaitrons car notre Soleil est un moteur à durée de vie limitée. Alors ? Tout ça pour quoi ? Est-ce que tout cela a un sens ? Je veux dire un sens intemporel ? Je ne crois pas que ce soit un sens existant de toute éternité, je crois plutôt qu’il faut  espérer en notre capacité à construire du sens ! … J’aime cette phrase d’ Albert Camus : « Ce Monde n’a pas de sens supérieur ; mais je sais que quelque chose en lui a du sens, et c’est l’Homme, parce qu’il est le seul être à exiger d’en avoir » .

Malheureusement, cette compréhension de l’origine des atomes qui nous composent, qui sont le produit final du fonctionnement des étoiles, cette généalogie de la création des atomes ne nous apprend rien de l’Origine absolue de l’Univers, cette prodigieuse machine à fabriquer de la conscience ! D’où viennent les  Protons et les Neutrons ? On sait aujourd’hui qu’ils viennent des Quarks. Mais d’où viennent les Quarks ? etc etc … Autrement dit, nous constatons que les origines que nous sommes capables d’identifier sont toujours immanentes. On ne peut expliquer l’origine d’un être ou d’un objet  physique  qu’en invoquant l’existence préalable d’autres êtres ou objets   physiques. Ainsi, notre conscience et notre imagination n’expliquent l’Etre que par l’Etre ! Qu’on imagine un « Sur-Etre », un Grand Architecte de l’Univers, un Dieu, ne change rien …

Or, à contrario, expliquer l’origine absolue de l’Univers à partir de rien, c’est expliquer comment le  Néant, le “Non Etre” a pu devenir de l’Etre ! Et pour ça il faut attribuer au “Non Etre” des propriétés qui lui  permettent de cesser d’être un “Non Etre” … Et là c’est le drame ! En effet, un Néant qui a des propriétés c’est  déjà quelque chose et si c’est quelque chose ce n’est pas un Néant  !!! On tombe sur une aporie, c’est à dire une  contradiction insoluble … Nos mécanismes d’explication scientifiques atteignent ici leurs limites. Si l’origine de l’Univers a eu lieu à partir de rien, elle est impensable. Et peut-être qu’il n’y a pas eu d’Origine … C’est impensable aussi. Pour l’instant.

Mais on ne peut qu’être étonné devant l’être et devant ce vecteur de complexité qui permet d’aboutir, quand tout va bien, à la conscience. Donc, je suis Agnostique. CQFD. ( ou plus exactement je me demande si ce ne serait pas plutôt Ignostique …).

MezigosBougie1

Allez ! Maintenant trois musiques absolument géniales (à mettre à fond) pour voyager loin : “Dangerous Curves” du groupe King Crimson ou, dans un autre genre, ces pièces d’orgue jouées à Notre Dame : la Toccata de Duruflé et la Toccata de Widor interprétées par Olivier Latry

A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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