Les fondements philosophiques de la laïcité

Laïcité

La Laïcité est une valeur à laquelle je suis attaché. Aussi il m’arrive souvent de partager dans ce Blog, des articles que j’ai pu écrire sur ce sujet. Il faut encore et encore expliquer son intérêt. Dernièrement mon ami Hubert S. m’a fait parvenir un texte que je trouve fort intéressant du point de vue historique et montrant bien les différents éléments nécessaires pour une bonne interprétation du concept. Je me suis  carrément payé le toupet de l’apurer de sa dimension polémique et de le simplifier pour le rendre encore plus « lisible » par tout un chacun. Avec l’accord de ce bon ami qui m’a confié : “bien sur que tu peux l’utiliser comme tu veux car pour moi, seul compte la diffusion des idées …”. Comme ces idées me paraissent belles et bonnes, je les partage donc ici :

Parler de la laïcité n’est pas toujours chose facile au vu des différentes énormités souvent dites en son nom. Mais quand certains réduisent sa définition à un ensemble de lois et règlements pour le seul “ vivre ensemble »  il est bon de rappeler ses fondements philosophiques, voire métaphysiques. En effet, les lois formant les caractéristiques d’une société sont toujours sous-tendues par un idéal, lui-même généré par les conceptions philosophiques de son élaboration et aboutissent à ce qu’on appelle in fine, une civilisation. En considérant que les civilisations qui ne prennent pas en compte les libertés individuelles, la liberté absolue de conscience, l’égalité en droit des citoyens, la possibilité à des populations de se constituer en nation sur un territoire lui appartenant  ne peuvent pas se prévaloir de la même valeur que les sociétés essayant d’intégrer les valeurs laïques. D’ailleurs les multiples et divers adversaires de la laïcité, ont tout fait et continuent à tout faire pour la dénaturer, car elle est dérangeante pour toutes les féodalités.

C’est pourquoi, encore aujourd’hui, il faut rappeler comment ce concept de laïcité est né historiquement, et pourquoi c’est un concept qui se fonde sur des préceptes et des piliers organisationnels  et non sur une sorte de principe plus ou moins bien défini et fourre-tout où le tout et son contraire se mélangerait au nom de la tolérance. Il faut faire un peu d’histoire politique pour en comprendre la genèse …

L’éclosion de l’idéal laïque en France de 1789 à 1807 et l’élaboration concomitante  du concept de laïcité :

Ce concept  s’est peu à peu élaboré en France à la suite de nombreuses luttes politiques. Le mot laïcité fut inventé par LITTRE dans son dictionnaire en 1877 avec la définition a minima suivante : « ce qui est laïque, ni ecclésiastique, ni religieux » ; par ce néologisme on donnait un début de fondement philosophique à cette conception des rapports en société qu’avaient entrainé les grands principes de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen d’aout 1789 sur la liberté individuelle et l’égalité en droit avec la mise en pratique de son article 10 : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre publique établi par la loi. »

Pour comprendre ce processus  il faut remonter au bouillonnement des idées du « siècle des lumières » que connu l’Europe du XVIII e siècle (de 1715 à 1789) et qui se proposait de dépasser l’obscurantisme et de promouvoir les connaissances. Celui-ci remit en cause  les principes de l’autorité habituellement reconnue d’un ordre naturel, c’est-à-dire prétendument   d’origine divine  non contestable, et c’est au nom de la raison que des propositions nouvelles furent élaborées dans tous les domaines de la vie en société.

Tout cela n’est pas fortuit car la France a un passé sanglant de guerre de religions et un passé d’oppression totalitaire par l’Eglise catholique, aggravé après la révocation en 1685 de l’Edit de Nantes datant de 1598 et de l’Edit d’Alès datant de 1629. A la suite de cela, des collaborateurs protestants français  de la rédaction de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, éditée de 1751 à 1772, émirent l’idée que la solution pour l’organisation de la société n’était pas une organisation de type communautariste à l’image de celle imposée par l’Edit de Nantes d’Henri IV, qui avait failli historiquement à sa mission ; car l’Edit de Nantes prônait une organisation typiquement communautariste : il  associait des privilèges  accordés à telle ou telle communauté religieuse à des interdictions d’exercice du culte  selon le lieu – il faut savoir par exemple que l’Edit de Nantes interdisait  le culte protestant  dans beaucoup de villes comme à Paris, et interdisait le culte catholique  dans quelques villes du sud-est, en prévoyant ici et là  des quotas   dans l’administration, voire des places fortes armées sensées protégées la communauté protestante, comme à La Rochelle  – (places fortes supprimées ensuite par Louis XIII et Richelieu avec l’Edit d’Alès).  Ces protestants qui participèrent à l’élaboration de l’Encyclopédie firent le choix d’une  organisation sociétale fondée sur la  liberté   de culte  et l’égalité en droit, en les considérant comme des libertés individuelles toutes les deux, et non communautaires ; toute la communauté protestante française ou presque en 1789 adhérait déjà à ces idées.

Le 7 juin 1789 les protestants parisiens voulurent appliquer symboliquement ces principes : Malgré l’avis défavorable du lieutenant général de police de Paris, les protestants parisiens se réunirent dans une auberge pour célébrer leur culte, ce qui fut appelé la liberté du culte public, c’est-à-dire non clandestin, mais précisons que ce n’était pas un culte « en public » comme l’admet comme possible aujourd’hui l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme ; la différence est très importante.

Nous sommes donc le 7 juin 1789 à quelques semaines du serment du jeu de paume du 20 juin et après l’ouverture des Etats généraux le 4 mai ;  l’autorité royale n’intervint pas contre ce coup de force d’une centaine de protestants parisiens. La liberté de culte était instituée dans les faits. Elle le fut dans le Droit par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen le 26 aout 1789, précédé de la célèbre phrase du pasteur RABAUD  SAINT-ETIENNE à l’Assemblée Constituante « ce n’est pas la tolérance que je réclame, mais la liberté ».

Nous avons donc, en ces journées du 7 juin et du 26 aout 1789, le premier fondement émancipateur de la laïcité : la liberté de culte acquise non pour une liberté communautaire ou communautariste, mais pour la liberté individuelle et l’égalité en droit individuel.

Le deuxième acte symbolique fondateur de cette laïcité émancipatrice par ces même protestants parisiens, fut réalisé dans leur premier temple construit à Paris en 1791 par l’inscription de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen sur une plaque de marbre à l’entrée du temple aux coté du Notre Père inscrit sur une autre plaque de marbre. Il faut bien comprendre la signification symbolique de cet acte audacieux ; cela ne voulait absolument pas dire qu’il y avait un apport d’éléments  exogènes pour la refondation d’une foi religieuse  par une tentative de conciliation des différentes croyances en une nouvelle qui en ferait la synthèse – c’eut été difficile à concevoir pour des adeptes de la rigueur calviniste vis-à-vis du rôle des Ecritures bibliques pour la fondation de la foi – mais cela signifiait quelque chose de très fort et de très révolutionnaire à l’époque: c’est-à-dire que la foi religieuse devait intégrer les hautes valeurs morales et philosophiques humanistes conçues par la réflexion philosophique au nom de la raison, en l’occurrence en 1789-1791 : la liberté individuelle et l’égalité en droit. Ce qui revenait à reconnaitre qu’aucune organisation religieuse ne devait plus être considérée comme prédominante dans l’organisation d’un état républicain, et qu’aucune croyance religieuse ne devait s’imposer à tous.

Le troisième acte, cette fois d’ordre juridique,  constituant le fondement de la laïcité,  fut la séparation de l’Eglise et de l’Etat obtenue par décret , par la Convention nationale et BOISSY D’ANGLAS. Ce décret du  21 Février 1795 établit un régime de séparation des églises et de l’Etat. Tout en affirmant le principe du libre exercice des cultes, le décret précise que l’Etat n’en salarie aucun, ne fournit aucun local et ne reconnait aucun ministre du culte. A noter que cette séparation fut ensuite annulée par le concordat napoléonien de 1801.

L’acte suivant de la fondation de  la laïcité dans la continuité de la conception laïque et républicaine de la nation fut réalisé de façon paradoxale par NAPOLEON quand il convoqua en 1807 face à la communauté juive en France le  Grand Sanhédrin  (en référence au principal corps législatif et judiciaire du peuple juif ). En effet le débat durait depuis 1789 en France pour savoir si la communauté juive devait être considérée comme une nation avec des lois propres communautaires s’appliquant à une minorité constituée, ou au contraire composée de citoyens français ayant les mêmes droits et devoirs que les autres.

Après la célèbre phrase à l’Assemblée constituante en décembre  1789 de CLERMONT TONNERRE « il faut tout refuser aux juifs comme nation et tout  accorder aux juifs comme individus, » c’est en 1791 que les juifs obtinrent le statut de citoyens français; ce droit fut rogné à plusieurs reprises  ensuite, surtout suivant leur origine, séfarades du Sud-ouest, ou ashkénazes de l’Est et en particulier ceux d’Alsace, au nom de l’assimilation plus ou moins grande des différentes communautés locales à la vie de la société française. Le problème fut aggravé par le fait qu’une grande partie des juifs alsaciens refusaient, semble-t-il d’après des documents de l’époque, d’être citoyens français, préférant être régis par des lois et règlements communautaires, à la différence, par exemple des juifs du Vaucluse (ex Comtat Venaissin) qui s’enthousiasmaient à l’idée de devenir des citoyens français à part entière.

Napoléon hésita longtemps, mais finalement, malgré l’opposition virulente de son oncle le cardinal FESCH et des catholiques alsaciens, il trancha par la convocation de ce Grand Sanhédrin en 1807 composé de moitié de rabbins et de moitié de délégués civils, avec le marché suivant : ou vous êtes une nation à part en France et vous n’avez pas les droits de citoyens, ou vous êtes citoyens français avec les mêmes droits et devoirs; dans ce cas vous abandonnez toutes les dispositions du Talmud contraire au Droit Civil français, notamment celles concernant le mariage, le divorce, la polygamie ; la répudiation, les unions mixtes, les prêts à usure, etc… 

Malgré la réticence de certains rabbins dans  quelques domaines comme les mariages mixtes, le Grand Sanhédrin, sous la pression des délégués juifs de la société civile accepta tous ces renoncements aux dispositions du Talmud contraire aux lois françaises.

A l’idée que les juifs de France obtenaient des droits complets de citoyens ce fut un tollé dans toute l’Europe, du Tsar de toutes les Russies à toutes les autres royautés. Car cela signifiait que les organisations religieuses devaient désormais se plier aux lois de l’Etat.  Les responsables  catholiques,  orthodoxes et protestants  de l’Europe  comprirent très vite le danger pour eux et marquèrent leur désapprobation.

Ce fut vraiment là le quatrième fondement du concept  de laïcité : les adeptes de toutes les religions doivent, quelque soient leurs prescriptions religieuses, se plier d’abord aux lois de l’Etat, quand celles-ci bien sûr  ne touchent pas à la liberté de conscience et à la liberté individuelle de culte.

L’élaboration du concept philosophique de la laïcité :

L’élaboration du concept philosophique de la  laïcité est donc établie désormais, intimement lié à la conception républicaine de la nation, dans un état qui se veut républicain. Mais pour être complet il faut aborder aussi les préceptes purement philosophiques qui l’accompagnent et qui induisent des éléments du Droit.

Partant justement des principes-postulats de Liberté individuelle et  d’Egalité en droit exprimés par les philosophes du siècle des lumières  et de ceux de la Fraternité sociale développés lors de la révolution de 1848, la voie humaniste aboutit à proposer 2 préceptes qui se trouvent indissociables du concept de laïcité : Ce sont  les préceptes de « liberté absolue de conscience » et de « tolérance mutuelle ».

Liberté absolue de conscience : en référence à l’article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen : « nul ne peut être inquiété pour ses opinions même religieuses » mais qui par l’adjectif « absolue » collé à elle, veut se distinguer d’une liberté de conscience communautaire fondée sur une organisation religieuse et des commandements religieux, appelée « liberté de religion » et plutôt destinée à être régie par une communauté organisée.

Tolérance mutuelle : l’adjectif mutuelle collé à elle veut signifier précisément que la tolérance doit être mutuelle, sinon elle n’a pas lieu d’être, et  des mesures anticléricales sont alors  légitimes et nécessaires dans les lois républicaines à l’encontre de ceux qui la refusent.

Rappelons cette définition de la laïcité donnée dans les années 30 après de multiples débats :

« Fondée sur la liberté absolue de conscience, sur la tolérance et la reconnaissance de l’autre, sur la dignité de l’homme, et sur l’indépendance des institutions à l’égard des influences dogmatiques, dominantes ou minoritaires, la laïcité constitue le moyen d’une solidarité ouverte et vivante, offerte en partage à chacun, en dehors de tout esprit de ségrégation . »

La valeur spirituelle de nature métaphysique du concept de laïcité :

Alors, s’il y a une nature philosophique dans l’élaboration de ce concept de laïcité, y aurait-il une valeur spirituelle de nature métaphysique ? En effet, si l’on considère que l’Humanité en général et l’Homme, en tant qu’individu en particulier, sont les valeurs suprêmes, uniques et irremplaçables et que le concept de laïcité s’est élaboré à partir des 3 principe-postulats fondamentaux que sont la Liberté individuelle, l’Egalité en Droit et la Fraternité sociale, tout cela implique ipso-facto que chacun puisse édifier librement ses propres références et croyances métaphysiques , quelle que soit la religion ou la doctrine qui en est à la base. Cela suppose également que l’acceptation de la liberté absolue de conscience et de la tolérance mutuelle soit un prérequis à la réalisation de l’émancipation individuelle et collective.

Ainsi, de par sa nature même,  la Laïcité acquiert un caractère universaliste dont le fondement ne peut pas se suffire de « révélations »  transcendantales de paroles et d’écrits, mais procèder davantage de la Raison en s’appuyant sur les principes-postulats humanistes décrits plus haut.

Si la Raison en est le moteur principal, alors la laïcité peut totalement prendre en compte et s’appuyer sur les découvertes scientifiques puisque l’acquis des connaissances ou la certitude des croyances peuvent sans cesse être relativisés, donc remis en cause ultérieurement par d’autres découvertes et d’autres avancées conceptuelles. Le savoir et la connaissance ne sont pas figées, les interprétations religieuses et/ou métaphysiques ne le sont pas non plus. La voie portée par la Laïcité doit donc se tracer au fur et mesure des découvertes scientifiques et des différentes interprétations du Monde en s’attachant aux progrès conceptuels d’une morale humaniste et émancipatrice : c’est l’attitude laïque par excellence.

Cette manière de voir les choses installe dans la conscience une ouverture d’esprit de nature à protéger efficacement contre les dérives dogmatiques qui figent la pensée. Par voie de conséquence elle produit en retour une intransigeance réfléchie à l’encontre de l’application de tout précepte ou dogme pouvant se révéler être un obstacle objectif dans la réalisation de l’émancipation individuelle et collective. C’est le but poursuivi.

Rappelons par exemple que  la liberté individuelle de la femme et la possibilité de conquérir son égalité en droit  dans notre société n’a pu se réaliser pleinement dans les faits qu’après les découvertes scientifiques d’une contraception efficace et des possibilités d’avortement comportant peu de risques, ce qui a  permis de se traduire juridiquement dans les lois avec plus de facilités.

Par ailleurs, la traduction spirituelle d’ordre métaphysique du concept de laïcité se trouve bien dans la libre interprétation renouvelée que ce soit de la parole révélée qui est à la base de la foi du croyant, ou des acquis philosophiques des uns ou du savoir scientifique des autres, pour qu’elle puisse aller dans le sens d’une voie humaniste  permettant  l’émancipation individuelle et collective. A noter donc, que toutes attitudes de certitudes dogmatiques immuables de pensées religieuses ou totalitaristes athéistes, mais aussi économiques, scientifiques, politiques constituent toujours un obstacle à l’édification d’une authentique société laïque.

Dans le cadre de la République cette conception de la laïcité émancipatrice en tant que valeur intellectuelle, spirituelle, voire de nature même métaphysique, suppose donc d’admettre la relativité des croyances ou certitudes, et, paradoxalement, nous donne les armes idéologiques pour prendre, sans état d’âme, les dispositions juridiques et politiques nécessaires, notamment les mesures d’ordre contre toute action oppressive envers la liberté de conscience. L’importance de l’adhésion commune de tous les citoyens à ce concept nous invite à l’intransigeance envers toutes formes d’oppression totalitaire. Elle condamne sans appel toute complaisance vis-à-vis des forces obscurantistes  dans la sphère publique.

Les mesures d’ordre public pour assoir cette conception de laïcité émancipatrice :

Si l’adhésion aux valeurs spirituelles laïques par les groupes communautaires ou religieux ou sectaires ne se fait pas spontanément comme pour les protestants français de l’Eglise Réformée en 1789  et années suivantes, le devoir du pouvoir politique est de les y aider au besoin par une mise en demeure comme ça été le cas lors de la convocation du Grand Sanhédrin en 1807 pour la communauté israélite de France, et quand ça ne suffit pas, la contrainte par des lois est nécessaire, comme ce fut le cas pour l’Eglise Catholique avec la loi de séparation des églises et de l’Etat de 1905;

C’est dans cette optique que les lois à caractère anticlérical ou anti-manifestations religieuses sur la voie publique doivent se comprendre. Les lois Jules FERRY de 1882 sur l’instruction publique obligatoire et celles qui ont suivi comme la  loi Goblet du 30 octobre 1886 qui confièrent à un personnel exclusivement laïque l’enseignement dans les écoles publiques, remplaçant les instituteurs congrégationnistes ont été nécessaires pour réduire l’influence totalitaire et pernicieuse de l’Eglise catholique dans l’éducation  des enfants et adolescents. Dans la même veine, les lois interdisant le port d’habits religieux  dans l’espace public s’est avéré une   nécessité d’ordre public en France en  2004 et 2010  en ce qui concerne le port du voile islamique à l’école et dans l’espace public.

Ainsi, contrairement à ce qui est véhiculé souvent, la laïcité n’oblige pas l’Etat républicain à être neutre, donc complaisant vis à vis des organisations religieuses ou autres forces sectaires ou obscurantistes. L’état républicain a au contraire l’obligation d’assurer  la liberté individuelle de conscience vis à vis de l’ensemble de ses citoyens, y compris vis à vis des propres adeptes de ces organisations communautaires pour leur donner les moyens intellectuels et juridiques nécessaires à ce qu’ils puissent s’en affranchir si ils le souhaitent.

Mais ces lois anticléricales et anti manifestations religieuses sur la voie publique ne sont pas forcément suffisantes pour instaurer les valeurs laïques dans une société. A titre de contre-exemple, l’instauration des lois anti cléricales en Turquie par Mustapha KEMAL n’a pas amené par elle-même la société Turc à des valeurs spirituelles laïques. En effet, comme il n’y a jamais eu de séparation entre l’église et l’Etat en Turquie mais au contraire fonctionnarisation des imams et autres clercs musulmans rémunérés par l’Etat – dont les sermons sont préalablement lus par les préfets – la reprise en main des rouages de l’Etat Turc par les islamistes en fut grandement facilitée.

Aussi, parce que la laïcité repose sur des valeurs spirituelles telles que nous venons de les énoncer, nous avons en tant que citoyens français le devoir de la défendre pour assurer l’émancipation individuelle et collective, et de faire prendre si nécessaire des mesures d’ordre public pour son respect. Dans cet esprit il peut être contreproductif de se montrer complaisants vis-à-vis des revendications des autorités religieuses musulmanes pour admettre de possibles compromis au nom du respect des religions et des cultures comme le prônent certaines Associations en France , pour qui la laïcité n’est qu’une organisation a minima de la société ayant seulement pour but de permettre le « vivre ensemble », selon la formule habituellement consacrée.  Ceci reviendrait à faire un retour en arrière historique au temps de l’Edit de Nantes qui avait eu aussi cette seule fonction de permettre à des communautés organisées de vivre ensemble en cohabitant.

Les différentes voies d’approches politiques et juridiques pour atteindre et appliquer le concept de laïcité

La construction d’une société laïque peut se concevoir d’une manière quelque peu différente de la voie française. L’exemple le plus typique est celui des pays scandinaves : Finlande, Suède, Danemark, Norvège. Dans ces Pays, le mécanisme a été favorisé par l’Eglise luthérienne qui a valorisé la place de la femme dans la société au cours des siècles. D’avancée en avancée, elle a permis aux femmes d’obtenir une condition égale à celle de l’homme aussi bien dans les faits que d’un point de vue juridique. La notion d’égalité individuelle a pénétré la situation civile et politique de l’ensemble des citoyens et a atteint le cœur même de l’Eglise luthérienne qui n’a pas hésité à  ordonner des femmes pasteurs et évêques voire même parfois des hommes et femmes homosexuels. L’aboutissement fut, d’un état scandinave à l’autre, le vote des lois de séparation  des églises et de l’Etat, dont la dernière en date  fut en Norvège en mai 2012.

Ce mécanisme d’approche de la laïcité dans ces sociétés dominées par l’Eglise luthérienne montre :

1/ que pour s’appliquer, le concept de laïcité a besoin d’un support idéologique donc philosophique basé sur la liberté individuelle de conscience et l’égalité en droit des citoyens et est donc une valeur d’ordre spirituelle, et non simplement une disposition juridique de séparation des églises et de l’Etat

2/ que le concept de laïcité ne se résume pas à la seule loi de séparation des églises et de l’Etat comme veulent nous le faire croire les adeptes de certaines associations qui les amènent à tolérer certaines formes d’oppression comme le port en public du voile islamique.

L’exemple des USA est particulièrement évocateur : la séparation des églises et de l’Etat est totale d’un point de vue organique, mais la soumission des instances politiques et l’élaboration des lois sont  totales vis-à-vis des différentes organisations religieuses, jusqu’à tolérer différentes formes d’oppression et d’obscurantisme comme le créationnisme dans les écoles

Conclusion

La Laïcité est un concept philosophique :

· issue de la pensée humaniste, et plus particulièrement des « Lumières » du 18ème siècle, fondée sur la Raison, les connaissances scientifiques et l’acceptation de la relativité de croyances.

· construit à partir des principes-postulats fondamentaux que sont la liberté individuelle, l’égalité en droit, la fraternité sociale.

· engageant l’application  des préceptes de liberté absolue de conscience et de tolérance mutuelle.

· engageant des applications juridiques de type institutionnel comme la séparation des églises et de l’Etat et l’égalité en droit.

· qui, pour pouvoir être appliquée face à toute forme d’obscurantisme oppresseur peut nécessiter des mesures anticléricales et anti manifestations religieuses dans l’espace  public,

La Laïcité reconnait la relativité des croyances ou non croyances et toutes les formes de professions de foi et contribue pacifiquement à l’égalité des droits et des devoirs de tous les citoyens dans l’organisation de la République. Elle favorise l’émancipation individuelle et collective ce qui est le but de la voie humaniste à l’origine de ce concept.

Voir l’Etat des Cultes en France dans cette chronologie de 1789 à 2017

Couder_-_Le_Serment_du_Jeu_de_Paume,_20_juin_1789

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A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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