Nouvelle de Science-Fiction : Vers le trou de ver …

Cette histoire pourrait avoir lieu dans un espace-temps où vous n’êtes pas. Un vrai cauchemar. C’est pourquoi je vous la narre…

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J’étais complètement seul dans la cabine de pilotage du vaisseau Mère. Puissance maximale. C’est extrêmement jouissif d’entendre hurler les générateurs à plasma et de sentir vibrer l’acier sous ses doigts. Un seul homme pour piloter l’équivalent d’un astéroïde de 500 mètres de diamètre et pas loin de 80 millions de tonnes filant à 80 000 km/heure. Surréaliste ! Mais facile.  L’espace est fendu à une telle vitesse qu’il n’est pas possible pour un humain de se l’imaginer.

Seuls les capteurs répartis tout au long du parcours permettaient de renvoyer notre position relative, tandis que le calculateur de bord élaborait la trajectoire en fonction de la courbure de l’espace-temps la mieux adaptée, compte tenu des différents obstacles connus et détectés en temps réel.

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L’écran 3D me renvoyait une image de notre trajectoire et de notre situation dans l’espace connu. Les corrections automatiques de trajectoire se traduisaient concrètement par des trépidations et vibrations de la structure du vaisseau du fait d’importantes modifications de l’accélération de notre engin.

Du coup les chaussures magnétiques restaient la meilleure garantie pour ne pas aller valdinguer d’un côté à l’autre de l’habitacle.

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En vieux « briscard » je savais qu’il n’était pas bon de les enlever trop souvent. Mais cette fois un peu imprudemment j’avais commencé à enlever ma chaussure gauche car pris d’une pulsion soudaine je souhaitai marcher pieds nu sur le carrelage immaculé. Une petite ballade, pensais-je, tel le primate de base, ça me ferait du bien… j’en avais assez d’être confiné dans cet accoutrement de pilote depuis 6 mois. On a parfois de ces idées, nous les humains !

Mais ce coup-ci j’avais eu tort …
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Soudain un choc terrible me broya les reins ; 1/10ème de seconde plus tard ma chaussure gauche de 3 kg lancée à pleine vitesse, brisait définitivement l’écran 3D du pupitre de commande, tandis que j’arrachais sans le savoir le joystick de commande de secours en essayant de me retenir pour ne pas aller m’exploser le crâne sur le mur de la cabine. A cette vitesse, il n’y avait pas eu d’alertes. On avait fracassé une pluie d’ astéroïdes. Les correcteurs de trajectoire avaient opéré un choix critique (le bon choix) entre percuter ces grêlons au lieu d’un autre caillou encore plus massif. Nos sabots de protection avaient encaissé la collision en limitant les dégâts. Les moteurs reprenaient maintenant leur puissance maximum. Je me suis alors rendu compte très vite que le vaisseau avait pris du gîte et que je ne parvenais plus à redresser la «barre ».

La trajectoire cible idéale était irrémédiablement perdue tandis que notre vaisseau relancé à pleine vitesse filait désormais vers l’inconnu …

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Orta, ma collègue de garde sur la passerelle arrière arrivait toute essoufflée. “Vite Ojigé, coupe les moteurs sinon on se perd dans l’espace ! On s’éloigne des balises ! Vite je te dis ! Coupe tout ! “

Je n’ai pas réfléchi. J’ai tout coupé.

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Interrupteur général déverrouillé, moteurs à zéro toute ! Deuxième erreur ! Je devais très vite rétablir le lien vers l’itinéraire habituel en inversant la poussée pour retrouver nos points de repères mais je ne parvenais pas à remettre en fonctionnement le pupitre de contrôle sans écran ni levier de commande des gouvernes. Les modulations stridentes de la sirène de l’alarme de Bord nous indiquèrent de suite la faute impardonnable que nous venions de commettre :

Le vaisseau ne suivait plus une trajectoire normale mais il glissait sur le flanc, attiré irrésistiblement par l’énorme force gravitationnelle d’une singularité de l’espace environnant : un trou noir monstrueux tapi dans les parages avait pris le dessus…

black hole

Je savais que ce trou noir existait bien entendu car nos cartes de l’espace sont extrêmement détaillées mais du fait de la précision habituelle de nos programmes de navigation et de la fiabilité de nos systèmes de guidage et de contrôles de vitesse et d’accélération la routine avait pris le dessus et nous avions tout simplement oublié le danger. Il fallait initialiser le poste de rechange, mais cela allait prendre beaucoup trop de temps tandis que nous continuions à foncer dans le vide du fait de notre importante énergie cinétique. A moins d’un miracle, nous étions piégés et définitivement condamnés …

Je savais un certain nombre de choses sur ce phénomène naturel : un trou-noir est un objet hyper supra massif et très concentré spatialement. En principe, tout objet peut devenir un trou noir. Un être humain même. Il suffit de le comprimer en deça d’une certaine taille. Une personne de 70 kilos, si elle était comprimée jusqu’à un rayon de 00000000000000000000000,1cm deviendrait un trou noir. Tout comme la Terre, si des mains géantes la comprimait jusqu’à ce qu’elle ait la taille d’une balle de ping pong. Le poids d’un trou noir super massif peut atteindre des millions de milliards de ce que pèse notre soleil. Bref, il possède un champ de gravitation extrêmement puissant qui devient infini en son centre (on appelle ça la singularité).

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Son champ gravitationnel est tellement puissant que passé une certaine proximité, un certain « horizon » ou « circonférence critique », le tissu de l’espace-temps est si déformé qu’aucune matière ni information ne peut sortir de ce trou-noir : une sorte de point de non-retour cosmique ! En effet, la déformation de l’espace-temps est si importante que même les rayons de lumière n’arrivent plus à s’échapper : le trou est donc bien complètement noir. On peut simplement deviner sa présence grâce à son action sur les autres astres plus classiques environnants. En particulier, la matière qui est happée par un trou noir est chauffée à des températures considérables avant d’être engloutie et émet de ce fait une quantité importante de rayons X.

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Ainsi un tel type de trou noir hyper massif, peut-il être détectable par son action sur son environnement. Nos indicateurs de bord donnaient d’ailleurs des chiffres faramineux : ce trou noir avait une masse de 3,7 millions de fois supérieure à celle du soleil et un diamètre de 10 minutes-lumière (180 millions de kilomètres). Donc pour nous l’avenir était bien sombre, c’était le cas de le dire ! Avec son champ de gravitation énorme et concentré, même avec notre petite taille on devrait rapidement sentir la différence de forces de gravitation entre notre tête et nos doigts de pied. Plus nous tomberions vers le trou noir, plus cette différence de gravitation devrait à la fois nous étirer par différence de gravitation et nous compresser pour tout ramener vers une orientation vers l’axe qui passe entre le milieu du corps et le centre du trou-noir. Ainsi, lors du plongeon dans ce trou noir, notre vaisseau et nous-mêmes seront aspirés par la gravitation. Notre corps allait se détacher en petits morceaux qui allaient eux-mêmes se rompre etc. jusqu’à former une ligne d’atomes. Notre corps commencerait par se briser en deux, puis encore en deux puis encore, 2,4 ,8 ,16 , 32 , 64 morceaux de nous mêmes, jusqu’à atteindre la taille d’une molécule ou d’un atome. Ce qui était « nous » va se dissoudre en une masse informe de particules élémentaires et se retrouver concentré dans une région infinitésimale de l’espace de 10 puissance -33cm. Des dizaines de millions de milliards de milliards de fois moins grand qu’un atome. Brrrr…

Avait-on le moindre espoir de s’en sortir ?  Personne n’est jamais arrivé à donner la réponse de toute manière puisqu’aucune information ne peut a priori ressortir une fois passé l’horizon. Ces astres extrêmement denses qui attirent toute lumière et matière navigant à proximité de leur horizon seraient pour certains physiciens comme une sorte de passage secret vers un des multiples autres univers possibles. La théorie des cordes postule, dans sa version la plus simple, 6 dimensions spatiales supplémentaires (en plus des trois avec lesquelles nous sommes familiers). Ces extra dimensions feraient qu’il existe un nombre inimaginable de 10 puissance 500 (1 suivi de 500 zéros) univers parallèles. Ceux-ci auraient des caractéristiques autres, comme des particules élémentaires dotées de masses différentes par rapport à celles qui constituent notre monde. Pour passer d’un univers à l’autre, il faudrait donc passer par… un trou noir.

Mais ces hypothèses souffrent du plus grand défaut qui soit pour une théorie scientifique : on y est jamais allé voir …

TrouNoir

Par contre un observateur « intérieur » situé au voisinage de l’horizon du trou noir remarquera que le temps s’écoule différemment pour lui que pour un observateur situé loin du trou noir. Si ce dernier lui envoie des signaux lumineux à intervalles réguliers (par exemple une seconde), alors l’observateur proche du trou noir recevra des signaux plus énergétiques et les intervalles de temps séparant deux signaux consécutifs seront plus rapprochés (moins d’une seconde, donc). Cet observateur aura donc l’impression que le temps s’écoule plus vite pour son confrère resté loin du trou noir que pour lui. À l’inverse, l’observateur resté loin du trou noir verra son collègue évoluer de plus en plus lentement, le temps chez celui-ci donnant l’impression de s’écouler plus lentement. C’est une chose troublante : pour un observateur extérieur qui se trouverait à une distance respectable, tant que on n’aura pas passé l’horizon, il lui semblera que nous ne finirons jamais de nous étirer et de tomber ! Cela laissait à penser qu’un trou noir est en fait une machine à voyager dans le temps naturelle.

Tout cela me rendait très perplexe. Je cherchais à trouver une échappatoire. Une question lancinante me revenait à l’esprit : bien qu’il ne soit pas possible de déterminer a posteriori ce qui est entré dans un trou noir, vue d’un observateur éloigné, l’information n’est jamais complètement détruite puisque la matière tombant dans le trou noir ne disparaît qu’après un temps infiniment long.
On allait devenir immortels en somme…

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J’avais aussi entendu parler de certaines hypothèses qui me rassuraient : en particulier certains avaient émis l’idée que s’il existe des trajectoires décrivant un objet pénétrant dans le trou noir, il doit nécessairement exister des trajectoires semblables obtenues par renversement du temps. Un trou noir qui comprendrait ainsi deux types d’horizon : un horizon « futur » englobant une singularité gravitationnelle et décrivant un trou noir et un horizon « passé », délimitant une région dans laquelle il est impossible de rester et dont on ne peut que sortir. Les scientifique appellent cette hypothèse un trou blanc. Le trou blanc pouvant alors être la « porte de sortie » du trou noir existant dans un autre univers. Une telle configuration reliant un trou noir et un trou blanc est appelée « trou de ver ».

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Le problème c’est que ce qui peut en sortir est totalement impossible à prévoir. A priori, les trous de ver ne peuvent que se comporter de manière imprévisible ; Les trous de ver en tant que machines à voyager dans le temps ne peuvent pas être prévisibles et stables. De toute façon même si cela fonctionnait on ne pourrait pas savoir où (ni quand) on en sortirait. Pas bon pour nous ça !

Une autre hypothèse était que l’intérieur du trou noir serait un univers en lui-même ! La matière ne tomberait pas dans une singularité gravitationnelle, mais se déplacerait pour toujours dans cet univers nouveau, qui serait d’une taille infinie bien que contenu à l’intérieur d’un trou noir de taille finie. Et s’il en est ainsi, alors les trous noirs pourraient contenir leurs propres univers, ces univers contiendraient probablement leurs propres trous noirs, qui pourraient contenir leurs propres univers… dans une boucle infinie.

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Du coup cela m’ouvrait des horizons… notre univers lui-même pourrait-être un trou-blanc… par analogie, on pourrait imaginer que le fond cosmologique soit l’horizon de notre trou noir et de la matière en provenance d’un univers entourant le nôtre. Tout ça me donnait le vertige. Et ce n’était pas le moment de rêver ! Comment nous échapper ? J’envisageai toutes les hypothèses, j’échafaudai tous les scénarios. N’y aurait-il pas des possibilités de garder l’espoir, dussent ’elle être infimes? On allait pas tarder à le savoir… Dans tous les cas l’univers pour nous allait changer !

A l’approche de ma fin prochaine, je revoyais défiler toutes les étapes de ma vie et en particulier, je me rappelai avec tristesse ma terre natale et tout ce qui m’avait amené à ce poste de responsabilité : Chauffeur Livreur de la Compagnie STARS & Co. Depuis plus de 35 ans ! On aurait dû me donner une médaille !

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Un boulot super bien rémunéré et relativement peinard (jusqu’à aujourd’hui !) et qui me permettait de mener une vie assez sympa, entre deux campagnes de livraison durant lesquelles je devais chaque fois être cryopréservé plusieurs mois du fait de la grande durée des voyages interstellaires. C’était un peu contraignant quand même mais les techniques de conservation par le froid avaient bien évolué ces derniers siècles. Cela rappelait le processus de conservation par le froid que certains animaux ou insectes utilisent pour contrôler la formation de cristaux de glace dans leur organisme. La rainette crucifère, la rainette versicolore, la larve du cynips et la grenouille des bois, pendant l’hiver, ont les deux tiers de leur eau corporelle transformée en glace et n’en meurent pas pour autant. Certains organismes vivants peuvent même résister à des températures atteignant -45°. C’est de cette réalité naturelle – que l’on appelle la cryopréservation qu’est venue l’idée d’appliquer une technique de conservation à l’homme pour lui permettre de traverser l’espace sans vieillissement destructeur.

On faisait équipe avec Orta, et tandis qu’on dormait à – 45 degrés Celsius, un autre binôme assurait la garde, chacun la moitié du parcours. Enfin on s’arrangeait un peu comme on voulait pour la cryopréservation et cela nous permettait de rester jeune… Au début je souffrais arrivé à destination, de voir les gens de notre entourage si vieillis. Puis j’en avais peu à peu pris mon parti. Et comme on dit « Une femme dans chaque port » cela permet de relativiser… Mais à 50 ans j’avais de nombreux enfants ayant presque le même âge que moi…

En tout cas je crois que cette livraison-là allait mal se terminer… C’était trop bête ! Je n’arrivai pas à envisager une fin aussi débile : rester coincé dans une immobilité temporelle à tout jamais, pour les siècles des siècles … Ou alors recommencer ailleurs, dans un autre espace temps ? Et si les architectes de l’Univers étaient des trous noirs ? Et si l’intrication quantique était un trou de ver ?

Nous n’allions pas tarder à en avoir le coeur net et à trouver la fin, la fin, la fin, la fin, la fin, la fin, la fin, la fin de cette histoire … 

uıɟ ɐl ‘uıɟ ɐl ‘uıɟ ɐl ‘uıɟ ɐl ‘uıɟ ɐl ‘uıɟ ɐl ‘uıɟ ɐl ‘uıɟ ɐl ɹǝʌnoɹʇ à sɐd ǝʌıɹɹɐ’u ǝɾ ʇuop ‘ǝllǝʌnou ǝʇʇǝɔ ǝɯɯoɔ ¿

Scrouicchhhhhhhhhhhhh !

intricationquantiquetroudever

A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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