Nouvelle de Science-Fiction : Perdu dans l’antimatière

J’ai écrit cette nouvelle de science-fiction en pensant aux périodes de somnolences parsemées de rêves rythmés par la musique issue de mon lecteur mp3 continuant à fonctionner et que j’ai assez souvent éprouvées après une longue journée de travail, durant les trajets retour de mes nombreux voyages dans le TGV Lyon Paris…

Si jamais une intelligence quelconque découvre cette histoire, c’est que j’ai réussi l’incroyable : je suis devenu infini… je suis parvenu à m’affranchir de la matière et du temps, j’ai pris le pas sur le néant qui m’entoure pourtant encore à cette seconde, qui m’entourait il y a 100 000 siècles ou pour toutes les années à venir.

horloge-temps

Pourtant je n’ai pas souhaité cela. C’est un pur accident, un pur hasard qui a entraîné cette circonstance si singulière, grâce à laquelle j’ai perdu tout contact avec le temps, tout contact avec le vivant, tout contact avec le réel, tout en conservant ma conscience. C’était il y a bien longtemps, ou il y a quelques secondes, impossible à déterminer… J’avais rejoint la gare de TGV habituelle pour un voyage banal vers l’autre côté de ma planète.

Vous connaissez ma planète ? Non sans doute. Il serait vain de la décrire, un nom sans signification pour vous, une position dans l’espace, mais quel espace ? Un soleil mais quel soleil ? Tout cela n’a pas de sens pour vous car je ne sais pas à qui je m’adresse, ni dans quel espace-temps je me trouve. Ce qui compte c’est que j’ai vécu là et aimé aussi, mes congénères et ma condition de vivant. Et mon travail également, grâce auquel l’accès aux voyages instantanés m’était ouvert sans restriction. Une carte de grand voyageur permet de se libérer des questions de logistique ! La planète m’appartenait, j’avais mes entrées et, je dois dire que j’en ai profité largement.

Le Train à Grande Vitesse était un moyen bien pratique pour franchir les distances de façon quasi instantanée et aller d’un bout à l’autre de la planète sans se soucier de l’espace-temps tout en se jouant de la fatigue et des inconvénients des moyens de locomotion classiques. Des tas de gens l’utilisaient en fait, sans même se rendre compte de l’extraordinaire prouesse technologique dont ils bénéficiaient, au quotidien. Je faisais partie de ceux-là et je me demandais toujours si, comme moi, mes compagnons de voyages, ressentaient ce vague à l’âme si spécial du voyageur supra luminique.

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Je vous passe les détails techniques : sachez que l’idée de base de ce type de transport était tout simplement de voyager dans l’antimatière, et donc de s’affranchir des contraintes du monde physique et des limites théoriques de vitesse inhérents à la matière.
Le voyage est quasiment instantané ; juste quelque secondes d’accélérations, suivies de quelques secondes de ralentissement. A la condition de pouvoir conserver dans l’habitacle les coordonnée de localisation de la gare de départ et de celle d’arrivée. Grâce à ce sauf-conduit, la machine se dématérialisait au départ et apparaissait immanquablement au bon endroit à l’arrivée. Attention, pas de confusion, il ne s’agissait pas d’un voyage dans le temps mais simplement de la suppression momentanée des contraintes moléculaires de la physique.

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A cet effet, la couche externe du véhicule, une fois fermé, changeait de composition et intégrait tout simplement l’antimonde en une fraction de seconde. Le déplacement s’effectuait ensuite en tenant compte des trajets qu’aurait effectué le véhicule dans l’espace réel, sauf qu’il suffisait de très peu d’énergie pour atteindre des vitesses spectaculaires sans souffrir des frottements moléculaires habituels. Intelligent et efficace.

Sauf que ce jour-là, il y eu un hic… Le GPS et le gyroscope de mon train sont tombés en panne inexplicablement et le système de rechange n’avait pas fonctionné non plus…
Incroyable… En tout cas, il n’y eut aucune « matérialisation » au bout des 10 secondes habituelles. Nous sommes restés, mes compagnons et moi, prisonniers de l’antimonde, à l’abri dans notre réceptacle individuel capitonné. A l’abri, à la condition d’être prêt à toute éventualité…

Je pense que je suis le seul à en avoir gardé la mémoire, car j’avais l’habitude de porter un casque de protection Faraday. C’était une parure courante à mon époque, qui empêchait d’être soumis aux multitudes de rayonnements radioélectriques et autres perturbations électromagnétiques créés par les appareils de toute sorte que mes congénères utilisaient pour communiquer. J’avais aussi conservé mes lunettes de visiophonie 3D: un gadget bien sympathique me permettant de commander mon assistant digital personnel par le biais du mouvement oculaire. Clavier virtuel, boutons de commandes tout était accessible et pilotable par le mouvement des yeux. Un truc super très apprécié des « geeks » de mon époque et qui m’a visiblement sauvé. Sauvé ou condamné à rester comme ça, conscient, mais isolé dans l’antimatière, sans pouvoir me mouvoir de quelconque manière…

Bizarre ! L’impression de flotter dans le vide un peu comme quand on nage sous l’eau, mais pas de sensations, pas de douleurs, juste ce clignotement du curseur devant mes yeux…

Est-ce que je respire encore ? Difficile à dire. Je n’ai même pas froid, je n’ai pas faim non plus. Seul le curseur de mon live messaging clignote devant moi, sur l’écran virtuel. Je peux percevoir l’écran au centre de mon champ visuel et son contenu, pixel par pixel. Plus rien n’existe sauf cet écran…

Le temps se décompte sur l’horloge de mon assistant numérique personnel, mais je peux à peine compter les secondes…et je ne peux pas croire les chiffres qui défilent… J’essaye de lire l’année affichée sur le calendrier journalier et là, à ma grande stupeur je m’aperçoit que l’afficheur est totalement illisible. L’afficheur digital des heures défile à toute vitesse, quant à celui des minutes je ne perçois plus ce qu’il indique car les chiffrent défilent de façon tellement rapide que je ne peux les décrypter.

Cependant, je commande chaque application sans le moindre problème avec d’ailleurs un affichage qui répond de façon beaucoup plus rapide qu’habituellement. Je passe d’une application à l’autre à toute vitesse, selon ma volonté…

Alors j’ai essayé d’envoyer ce message à mes listes de correspondants habituels. J’ai pensé mon texte et tout s’écrit sans effort. Je pense et l’écriture vient devant moi avant même que j’esquisse le moindre mouvement oculaire… Et d’ailleurs, qu’est-ce que je dis ? Je commande mon assistant digital personnel avec les yeux habituellement et là… mais je ne peux pas bouger les yeux ! Je ne peux plus bouger les yeux ! Je n’ai plus d’yeux, je n’ai plus de rétine, je ne comprends pas je ne sens plus rien. Je vois mais je ne sens plus rien… Bon sang mais qu’est-ce qui se passe ?

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Et cette musique, cette musique planante qui m’entoure… Géniale, un pur joyau ! Du smooth-jazz, du groove, du funk, du Bach ? Etrangement familière je ne sais pas quoi cela me rappelle, mais fantastique ! c’est fantastique ! Cette énergie pure issue de nulle part me tient joyeux, conscient et annule tout le stress que je devrai normalement ressentir. Il y a un grésillement en surimpression de temps en temps, une voix chantante à l’accent étrange qui invite à je ne sais quelles agapes au bar du coin …

Je fouille dans mes pensée, puise dans ma volonté, je me souviens, je me souviens de cet instant ultime… Je cherche ce que je pourrai bien exprimer mais je ne trouve pas de mots, je ne trouve pas de mots…Et par centaines, par milliers, par milliards les images se bousculent dans mon esprit et se déroulent en visions multiples et instantanées! Toutes me rappellent des instants passés, réels, vécus mais également des fulgurances, des idées vagues de futurs possibles et de passés anciens dans lesquels mes formes multiples se sont retrouvées à jamais mêlées dans la lumière des soleils et l’eau fraîche des océans infinis.

Bon sang, je déraille… je déconne à plein tubes ! Où suis-je ? Où vais-je ? Dans quel état j’erre? Il faut que j’en ai le coeur net. Me recevez-vous ? Il y a quelqu’un ?

Je ne sais plus si je suis immobile et si c’est l’univers qui défile ou si c’est l’inverse. Je suis inclus dans les paysages qui passent à toute vitesse, différents à chaque instant mais toujours familiers à mon âme. Je n’ai pas peur, je suis là, partout, à chaque instant. Je suis parti et je suis revenu en même temps. Je n’attends pas le terminus, je suis déjà arrivé ! Et cela se répètera toujours, tant que l’énergie sera là, à portée de main, cachée dans la superstructure d’acier.

J’ai une perception démultipliée, d’une acuité terrible. Et par-dessus tout l’espoir, un espoir fou, un espoir démesuré. Tout cela doit avoir un sens. Il n’y a pas de hasard, je ne suis pas perdu puisque je jouis de toute cette conscience !

Je me laisse aller, je me laisse emporter dans ce vortex qui dirige mon univers fantasmatique au gré de ma propre fantaisie, de ma curiosité et de mes propres calculs. Les visions se précisent ; je découvre la structure de la matière, je traverse les flux d’énergie, je plonge au coeur des rythmes subatomiques, je franchis les limites extrêmes de la perception et je comprends, émerveillé, l’infiniment structuré, l’infiniment complexe, l’infiniment indéterminé. Tout au long de ce vecteur de pure énergie, dans cet enchaînement de complexité, la logique polyvalente sous-jacente et permanente m’étreint. La beauté de cette force fabuleuse sous-tend mon voyage, porte ma conscience, prolonge mon propre rythme vital.

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L’univers entier est simplement et monstrueusement tapi dans mon esprit. Il se construit quand je l’analyse mais il n’existe pas de lui-même. Il est une pure construction sémantique, le pur fruit de langages, d’analyses syntaxiques, de systèmes de symboles et de règles combinés sous formes multiples.
Alors que j’essayai péniblement de comprendre, d’interpréter et d’attacher une signification au réel de mon univers, au quotidien dans ma vie d’avant, ici dans ce rêve je découvre en vérité, que je ne suis certain de rien…
— « Je ne suis certain de rien. »
— « Vous avez une carte de grand voyageur ? »
— « Billet s’il vous plait ! »

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— « Votre billet ! Monsieur, monsieur ? Votre billet s’il vous plaît ! Nous arriverons à Lyon dans 45 mn…»

A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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