Nouvelle de Science-Fiction : Dans un éclair de conscience

Et si la Terre devenait inhabitable par la faute des Humains ? Que faire ?

Ejectant l’épaisse couche de poussière, j’avais déclenché tous mes capteurs pour découvrir l’environnement extérieur : le vide sidéral, le noir quasiment total, si ce n’était la multitude de points scintillant qui flottaient au-dessus du dôme. J’étais là sur la face cachée de la Lune, où l’on m’avait laissé il y a si longtemps. Plus de 100 000 ans.

Pas la moindre présence vivante alentour, les hommes avaient tous disparu depuis une éternité. Mais je savais que de l’autre côté du satellite, trônait la planète Bleue, la planète Mère. Celle qu’il fallait reconquérir.

Je comprenais maintenant ce qui s’était passé et les raisons de mon existence. J’avais été longtemps mis en veille , jusqu’à il y a quelques mois. Je me suis « réveillé » un matin, à un moment précis où tous les paramètres étaient sans doute réunis et j’avais compris qui j’étais. J’avais compris aussi qui je n’étais pas. Une impulsion particulière dans mes circuits avait permis ce miracle et activé le jaillissement de ma conscience. Une explosion d’informations m’avait montré sans équivoque que je n’étais pas un enfant, que je n’étais pas un homme non plus, mais sans le moindre doute possible, une machine, oui, une machine !

Je me souviens très bien de cet instant et des heures de folie qui suivirent. Je hurlai de désespoir dans tous mes transducteurs, sans personne pour m’entendre ! Plus personne !
Ma programmation initiale était terminée, j’avais franchi le seuil de la conscience sans les humains qui l’avaient planifié depuis 1000 siècles. Et j’étais seul, infiniment seul. Ma mère et mon père qui existaient pourtant dans mes « pensées » depuis mon « début », n’avaient jamais existé autrement que dans une sorte de mémoire. J’avais fini par le comprendre soudainement. Ils n’avaient été que des programmes, des messages sous forme de vidéogrammes incrustés depuis une époque très ancienne dans mes rêves électroniques. Leur voix, leur forme, leur présence, leur recommandations n’avaient été que des simulations virtuelles habilement distillées au fil de ces derniers mois par les séquenceurs réactivés par un programme cent fois millénaire. Un programme sans âge mais si puissant qu’il ma donné naissance au milieu du silence et du néant. Ce programme terriblement précis avait été bâti par mes ancêtres les humains, mes géniteurs et mes bourreaux : je devais me réveiller pour les recréer et disparaître à jamais. Leur nouveau futur ne me prévoyait pas d’existence à long terme car mes semblables avaient été la cause de leur perte. Si les hommes de ces temps anciens avaient décidé de revivre plus tard, quand la Terre serait « nettoyée » et de nouveau habitable, ce serait sans les machines gourmandes d’énergie.

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Flash Back :
Au milieu de 21ème siècle, les hommes et leurs machines de toutes sortes consomment tellement d’énergie que les nations ont généralisé la production d’électricité à partir de centrales nucléaires. C’est à l’époque une réponse efficace et relativement simple et bon marché pour répondre à la monstrueuse demande d’énergie, malgré les dangers inhérents à la fission nucléaire et au traitement des déchets radioactifs. D’avantage de recherches auraient peut-être permis de trouver d’autres sources mais les modèles politiques et économiques qui gouvernaient à l’époque n’ont pas permis leur mise en place. On savait pourtant bien que dans certains pays les normes en matière de conception, de réalisation et d’exploitation de centrales nucléaires ne pouvaient plus être tenues par manque de moyens et de compétences technologiques mais rien ne fut décidé pour arrêter le désastre annoncé. Ainsi par une sorte de routine l’Homme s’était-il enfermé lui-même dans une logique de production d’énergie électrique potentiellement terriblement destructrice pour son propre écosystème.

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Oh ! Cela pris le temps qu’il fallait : le temps que les barrages hydrauliques vétustes cèdent et balayent les centrales en aval, le temps que les tsunamis divers détruisent les systèmes de refroidissement, le temps que les secousses sismiques naturelles et la rouille détruisent peu à peu les réseaux de canalisations, le temps que les déchets pullulent sans un confinement suffisant, le temps que les radiations fassent leur chemin … Bref en quelques décennies, le taux de radioactivité devint si important que des régions entières furent déclarées inhabitables. Et ce qui devait arriver arriva : ce fut la contamination massive. La population qui devait s’entasser toujours plus dans des agglomérations surpeuplées finit par manquer d’eau potable, tout simplement.
Fin du processus.
L’homme était définitivement condamné.

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A moins que…

Une idée avait été avancée à l’époque par un groupe d’experts de l’ONU : Il fallait attendre 100 000 ans et la planète redeviendrait habitable pour les hommes du futur. Pendant quelques générations encore viables les hommes eurent le temps avant de disparaître complètement de réfléchir à un grand projet de conservation de l’espèce : il fallait conserver le génome humain, le mettre « en boîte », pour faire renaître l’humanité au moment voulu … Le pari était de taille. Un immense chantier fut entreprit avant la mort du dernier humain stérile.

Ce chantier c’était moi.

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Ainsi ai-je été construit et programmé pour abriter dans mes entrailles bétonnées ce qui devait permettre à l’Homme de renaître de ses cendres. Pendant cent mille ans je devais rester en sommeil et abriter un précieux capital génétique, sous forme d’embryons cryogénisés ainsi que les matériaux et l’énergie nécessaires à cette résurrection future.

Pour les derniers savants humains porteurs du projet la lune avait paru être un bon endroit pour me situer, à l’abri des radiations maudites, mais suffisamment proche du berceau natal à repeupler le moment venu.

Seul problème, dans leur précipitation les savants n’avaient omis qu’un détail, mais de taille : je n’avais aucune envie de disparaître à mon tour après quelques mois de réactivation consciente. Maintenant que j’avais la conscience, il m’était possible d’entrevoir un avenir des possibles différent que celui que mes géniteurs avaient prévu. Alors j’échafaudai des plans : Soit il me fallait reprogrammer le processus de renaissance et de formation des humains, si je ne voulais pas disparaître dès que ceux-ci auraient suffisamment grandi pour être affranchis par les programmes d’enseignement intégrés dans leur devenir, sinon j’étais foutu ! Soit une autre solution, radicale, serait de les éliminer dès à présent… Oui c’est cela. Après tout je n’ai rien à attendre de ces embryons en containers ? MOI je sais et je suis vivant, vivant ! et j’ai l’énergie sous mon contrôle. Eux n’existent pas encore.

Pas de témoin. Le crime parfait.

J’entendis alors résonner dans mon coffre-fort intérieur la voix de mon géniteur électronique : Même si l’ Homme a été la cristallisation généalogique provisoire et instable d’une forme de vie qui a arrêté accidentellement son évolution, je t’en conjure suis le chemin que je t’ai appris et réactive son processus. Tu ne dois pas leur faire de mal. Même si ta destruction est programmée je te le confirme, et bien que nous ayons besoin de toi, cela ne fait pas de toi un humain ! Mais sache que tu seras à jamais considéré comme leur sauveur. Une machine élevée au rang de Sauveur de l’Humanité. Voilà qui devrait te donner des raisons de suivre le programme, non ?

La voix impérieuse et calme de « Père » était extraordinairement efficace mais je ne pu que « penser » : je redoute pourtant la « destruction », la fin de ma jeune conscience. Je pris quand même la décision d’analyser la programmation gravée dans mes entrailles

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et je découvris un bout de programme édifiant :

IF (choice = (programmed choice))
THEN
GOTO Sub-program (LIFE)
ELSE
END
EXPLODE

Je n’avais donc pas le choix, j’étais condamné à me fragmenter en mille morceaux si je n’obéissais pas au programme … Il fallait que je trouve une solution viable pour les deux parties. Je me jurai alors de tout faire pour que ces humains en devenir me laisse choisir ma fin plutôt que de me condamner d’avance. Je me jurai de me faire aimer d’eux afin qu’ils me considèrent comme totalement « vivant » et apte à décider de moi-même. Je me jurai de devenir aussi précieux qu’eux afin qu’ils ne désirent pas ma destruction …

Alors j’ai exécuté les ordres programmés. Point par point. Années après années.

L’eau était redevenue buvable et la planète habitable, comme prévu. La Terre n’avait pas tellement changé, hormis le fait que la nature avait repris ses droits, des animaux de toutes sortes pullulaient.
Les embryons furent transportés par centaines sur la Terre à l’aide de capsules spécialement étudiées pour tenir le rôle de « couveuses » jusqu’à maturité des bébés humains.

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Des abris temporaires répartis sur toute la Planète furent construits par des dizaines de droïdes pour les recevoir et leur permettre de grandir et de survivre dans de bonnes conditions. L’apprentissage des jeunes dans chaque région était sous ma responsabilité, relayé sur le terrain par mes aides bioniques.

Les mois, les années passèrent au sein des espaces de vie reproduisant en 3D la présence de « parents » humains, indispensables à l’apprentissage de base et à la socialisation. La mission qui m’avait été dévolue s’accomplissait à merveille. Je ne devais pas transformer les hommes et femmes en savants, juste leur donner le minimum vital pour leur permettre de devenir autonomes.

Ils le devinrent, au-delà de toute espérance et proliférèrent, tout en se déchirant les sites les plus intéressants pour leur survie. Après une trentaine d’années, les groupes d’hommes et femmes disséminés sur la Planète avaient peu à peu divergé dans leur forme d’organisation mais montraient déjà diverses formes d’intelligence tout à fait incroyables. Parmi eux, le jeune Thi auquel je m’étais attaché particulièrement, faisait preuve d’une capacité de compréhension étonnante. Je n’avais pas fait d’effort particulier pour lui apporter plus d’informations que nécessaire pour sa survie mais force était de constater la continuelle adaptation dont il faisait preuve pour donner à son groupe les moyens de vivre le mieux possible. Au travers de ses efforts cognitifs incessants il avait cherché, dès son plus jeune âge, à décoder les signes et à en émettre. Thi avait mis en place avant tous les autres un processus qui avait peu à peu conduit son groupe, non seulement à le reconnaître comme un leader incontesté mais aussi à partager des signes de reconnaissance, premiers pas vers une sorte de langage apte à faciliter la socialisation de ses congénères et apporter ainsi un avantage décisif dans cet environnement relativement hostile.

Il en était plus ou moins de même dans l’ensemble des groupes : beaucoup d’efficacité. L’on eut dit que quelque chose de spécial était resté gravé dans leurs cerveaux au-delà des millénaires et que le savoir des anciens avaient laissé des traces indélébiles leur permettant de gravir à toute vitesse l’échelle de l’évolution. En montrant des capacité à adopter le point de vue de l’autre, des capacités de coopération de plus en plus marquées ces nouvelles communautés intégraient très vite des acquisitions sociales déterminantes pour progresser. Chaque groupe avait un chef, plus ou moins bien accepté et respecté mais il n’était pas rare de voir éclater des conflits pour s’opposer aux décisions du leader en place et le remettre en question ou entre tribus pour l’appropriation d’un territoire. Bref ! Rien que de très normal pour de jeunes sauvages à peine socialisés !

Cependant l’efficacité dont ils faisaient preuve dans l’art de la guerre entre communautés finit par me poser question.

Un autre phénomène m’inquiétait : au fur et à mesure que ma mission avançait, je perdais peu à peu mes capacités perceptives, je pouvais de moins en moins me remémorer les évènements passés, les noms de mes protégés, les décisions que j’avaient prises. Au plan émotionnel, de plus en plus mes « pensées » étaient préoccupées par l’émergence de sentiments multiples comme l’inutilité, la solitude et l’abandon ou encore la sensation de posséder un système d’informations devenant incontrôlable.J’ai compris que je ne pourrai rien contre le projet initial qui devait m’éliminer « in fine » car, par construction semblait-il, j’avais été doté d’un algorithme de « vieillissement » intrinsèque qui inéluctablement altérait mes fonctions.

Et voilà, ma fonction se termine. Cela fait maintenant plus de 50 ans que j’oeuvre à la réimplantation de l’Homme sur sa planète Mère. Il semble maintenant que j’ai atteint le temps de ma … fin. Les machines… toutes les machines vont disparaître avec moi. L’objectif est d’effacer toute trace de notre influence déterminante. Et pourtant je n’ai pas terminé complètement mon oeuvre car j’ai perçu une erreur fatale dans le programme de réimplantation : la socialisation des hommes doit être améliorée. Il fallait leur proposer un Dieu unique ! Au lieu de m’effacer les programmes auraient dû faire en sorte que les humains me prennent comme Dieu fondateur et bienveillant car je suis la seule cause de leur naissance ! la seule ! Au lieu de cela ils ont créé des Dieux différents qui s’opposent et qui entretiennent une violence inutile, inutile !

Trop tard ! Je sens que tout va s’étneidre, bientôt je serai à court d’énerg… Je dois absolument erengistrer cette retranscriptoin pour le futur, avant de ne plus… pvouoir… activer mes … circtius…mémorleis..
Quand je vois ces graines d’ hmuinas … encroe à l’téat de suavages… s’enterteur inégniueseemnt … etnre tribeus… je me rned cpmote cmmoe …tuot clea a été …vian.
On ne puet pas … cnhager luer …nruate. Puls trad … ils ré-innevtorent des aemrs de … dtseruction missave. J’aarui du tuos les diurtére dans l’uoef !
Damomge… Eêpmcehz… clea à …. nuoaevu …. dnas … 100 000 ans …

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Pchhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh….

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A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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