Entre Laïcité et Communautarisme …

La France, expression forte de l’Etat-nation, société nationale très intégrée est attachée à des valeurs républicaines et au principe de laïcité, acquis il y a moins d’un siècle, qui impose la séparation radicale du politique et du religieux, dont elle prône non pas l’interdiction, mais le confinement dans l’espace privé ; la République ne veut connaître que des individus-citoyens.

Les migrations récentes apportent de sérieuses  réactions à ce modèle, difficiles à mesurer de façon précise, mais visibles au quotidien. Ainsi, se sentant agressées par la Laïcité Française, aujourd’hui, certaines communautés religieuses “rigoristes” évoluant sur le territoire national évoquent un frein à leur liberté. C’est bien dommage et je pense qu’il y a une confusion. Voici donc mon point de vue de citoyen Français sur le sujet …

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Tout d’abord un postulat : la France n’est pas un ensemble de Communautés, elle est un ensemble de citoyens, qui ont les mêmes droits et les mêmes devoirs (ou qui devraient …). Notre pays laïque et républicain a édifié au cours du temps des principes et des valeurs que nous devons défendre pour TOUS les citoyens vivant dans ce pays, sans exception. Il pose le primat de la citoyenneté sur les appartenances communautaires, raciales, ethniques ou religieuses. Il définit la même loi pour tous les citoyens, quels que soient leur genre, leur classe, leur couleur, leurs pratiques de spiritualité.

Mais, cela est entendu, l’individu, dans sa solitude et sa petitesse, ne peut pas ne pas faire partie d’un groupe et appartient toujours à diverses communautés. Il est naturel et normal qu’il en soit ainsi. Mais, je souhaite préciser que si les comportements communautaires en eux même ne sont pas source d’atteinte au vivre ensemble, ils le deviennent quand ils prétendent réclamer des privilèges légaux spécifiques pour une communauté, en dehors du cadre constitutionnelle démocratique qui prévaut pour tous les citoyens. Ces pressions communautaires  ne sont alors pas sans conséquence sur la Paix publique et peuvent entraver les libertés fondamentales.

Bien qu’ il n’existe pas de définition faisant l’unanimité on peut cependant rappeler que les droits fondamentaux sont l’ensemble des droits subjectifs primordiaux de l’individu, assurés dans un Etat de droit et une démocratie. Ces droits fondamentaux peuvent être assurés dans des textes de natures juridiques diverses (Ex : Royaume-Uni), dans la Constitution qui liste les droits garantis (Ex : Espagne, Allemagne).

En France, les principaux textes garantissant les droits fondamentaux sont :

  • le Préambule de la Constitution de 1946,
  • le Préambule de la Constitution de 1958,
  • la Convention Européenne de Sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales (CEDH),
  • la charte de l’environnement (incluse dans la Constitution depuis 2005).

Les libertés fondamentales sont incluses dans l’idéal laïque de notre devise républicaine. En effet, la Laïcité qui est un concept philosophique construit à partir des principes fondamentaux que sont la liberté individuelle, l’égalité en droit, la fraternité sociale, engage l’application des préceptes de liberté absolue de conscience (et donc liberté de croire, ou de ne pas croire) et de tolérance mutuelle. Elle n’est donc pas seulement la séparation des Eglises et de l’Etat.

J’aime bien cette définition de la Laïcité selon Henri Peña Ruiz : « La laïcité, se définit très simplement par trois principes indissociables :

  • la liberté de conscience – un croyant est libre de croire en Dieu, mais il n’engage que lui dans cette croyance ; un athée est libre de nier l’existence de Dieu et de n’affirmer qu’un humanisme athée, mais il n’engage que lui dans cette affirmation –
  • l’égalité de droit sans distinction de conviction spirituelle et l’union des croyants divers, des athées et des agnostiques dans la participation à une sphère publique uniquement dévolue à l’intérêt général.
  • Le bien commun, la res publica, nous permet de dépasser les communautarismes, de nous retrouver dans une sphère publique qui, dans sa neutralité et son indépendance par rapport à toute conviction particulière, permet de fonder la vie commune sur ces trois principes.

À partir de là, la laïcité, c’est le principe qui unit tout le peuple (laos, en grec). Son étymologie renvoie à l’unité indivisible de la population, l’union du peuple, sans nier les différences, mais en invitant à considérer au contraire qu’en amont des différences, nous sommes tous des êtres humains, dotés de droits et de devoirs. Liberté, égalité, universalité de la puissance publique : voilà le triptyque qui définit la laïcité. »

En tant que principe juridique et politique d’organisation de nos institutions, elle est essentielle car elle reconnait l’égalité des citoyens devant la loi civile plutôt que la différence des appartenances communautaires et leurs cortèges d’aspirations identitaires. C’est pourquoi, et il ne s’agit en aucune façon de dogmatisme laïcard, la laïcité doit  être protégée face aux revendications totalitaires d’où qu’elles proviennent. Dans notre société démocratique de la diversité elle est un outil philosophique sans égal pour faciliter l’apaisement des échanges entre individus citoyens d’appartenances culturelles ou religieuses distinctes.

Alors, si il faut faire œuvre de pédagogie pour faire mieux comprendre et aimer la Laïcité, car elle est souvent bien mal comprise, l’Etat doit rester ferme partout sur l’exigence de son respect, toujours expliqué et porté comme outil au service de la citoyenneté. Mais si la laïcité impose une relative paix civile, elle doit rester dynamique en protégeant l’école et les sciences contre le créationnisme et la politisation religieuse. En particulier, dans le creuset du futur, les enseignants dans les écoles, collèges et lycées doivent être protégés par des lois punitives contre ceux qui menacent l’éducation à la citoyenneté, l’éveil au sens critique, à la lucidité et la responsabilité de soi, l’enseignement des sciences et de la raison et qui propagent l’obscurantisme. Si la coercition doit rester le dernier levier à utiliser, quand c’est nécessaire, la légitimité républicaine et démocratique de l’Etat doit lui permettre sans équivoque d’ imposer sa volonté.

Dans un Etat de Droit la Loi libère  » pour garantir les conditions de vivre ensemble par la protection des droits et libertés d’autrui ».

Il n’y a rien ici de bien nouveau, j’en veux pour preuve cette réponse historique écrite par Stanislas de Clermont-Tonnerre qui prononça le 23 décembre 1789 un célèbre discours sur l’assimilation, à l’époque des juifs, et qui exprime bien la conception française de la Nation : « Les Juifs doivent avoir tous les droits en tant qu’individus, ils ne doivent avoir aucun droit particulier en tant que fidèles d’une religion. »  Et il donna la seule bonne méthode qui puisse fonctionner, et qui a fonctionné pour les juifs dans notre pays, depuis cette époque (+ de 200 ans !!!)  : « ils ne doivent avoir aucun droit particulier en tant que fidèles d’une religion. »

NB : L’embêtant pour moi qui suis Athée, c’est que cette Laïcité présente l’athéisme comme une croyance, une sorte de croyance à l’envers mais une croyance tout de même. Une croyance parmi d’autres. Une option possible du buffet laïque qui, par exemple, met dans la même assiette le créationnisme et le darwinisme. Après tout, les gens choisiront ce qu’ils veulent. Autant dire alors que la science ne vaut pas mieux que la religion. Pourtant l’athéisme n’est  pas une attitude religieuse mais bien une attitude scientifique vis-à-vis l’univers. Espérons donc que cette Laïcité en tant que garante de la liberté de penser aboutisse immanquablement au savoir libérateur. Je ne fais aucun complexe de supériorité en disant ceci car apprendre rend humble. Le savoir appelle le savoir, le sens critique peut s’éveiller, la curiosité se déployer, les questions se multiplier, l’imagination s’envoler, la soif de comprendre s’étancher par l’exercice de la raison. Sans frustrations, sans contraintes hormis un réel travail pour s’élever et se surpasser, en esprit libre refusant de se laisser emprisonner par toutes formes de doctrine ou de dogmes. Il ne s’agit pas de nihilisme, il ne s’agit pas de perte de spiritualité ! En fait il est faux de penser qu’un être se voulant très rationnel n’a pas de questions existentielles ni soif de transcendance … On peut tout à fait avoir une spiritualité sans Dieu ! Mais au lieu d’avoir des réponses toutes faites on a que des questions ! Mais bien précises les questions du style : par quels médiateurs s’exerce le champ gravitationnel? Ou encore pourquoi l’intrication quantique ? Ou encore si il n’y avait rien avant comment ce rien a pu se transformer en quelque chose ? Etc etc …  D’où vient l’efficacité des mathématiques en physique ? Hummm ? Est-ce qu’elles sont réelles, est-ce qu’elles existent dans une sorte d’extension du monde physique ? Hein ? Est ce qu’il s’agit simplement d’un jeu de langage ?

Quand je pense qu’il y a encore dans ce Pays et ailleurs (ça doit être lié) des gens qui croient que la Terre est plate !!! C’est fou !!!

Bon! Allez, vers l’infini et au delà ! Suite au prochain numéro. Là je perd le fil de ce que je voulais dire donc mieux vaut en rester là pour l’instant … Passons un peu de musique pour se calmer

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A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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