Pas sûr que vous soyez d’accord …

Il m’arrive de penser que nos créations technologiques nous dépassent et qu’il faut d’un point de vue humaniste faire attention à tout ça. En même temps je me dis que c’est inéluctable, que l’humanité passera forcément par un stade qui prolongera l’Humain, pour élargir son champ d’existence, d’action et de pensée, en déplaçant les contraintes de temps et d’espace et en rapprochant de plus en plus les mondes physiques et numériques. Ceci m’a amené à écrire le texte suivant. Il va vous paraitre sans doute assez critiquable, mais je le tente …

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Aujourd’hui, du fait du progrès fulgurant des sciences et techniques, face à un futur qui déjà se construit au-delà de nous-mêmes avec les machines qui n’ont plus ni localisation ni frontière, est-ce que les notions d’humanité et d’humanisme ne sont pas appelées à évoluer ? Rappelons qu’on désigne habituellement par « humaniste » toute pensée tolérante qui met au premier plan le développement des qualités essentielles de l’être humain. Cette forme de pensée optimiste sous-tend la recherche constante d’un progrès de la civilisation où l’homme serait à la fois libre à l’égard des contingences de la nature, grâce au progrès technique, et libre à l’égard des autres hommes au sein d’une société sans classes et sans luttes grâce à une constitution globalisée protectrice. Fondé sur le respect et la justice, l’ humanisme revient en particulier à respecter les droits fondamentaux de l’être-humain et consiste à s’imposer, vis-à-vis de tout être humain, des devoirs et des interdits éthiques : ne pas tuer, ne pas torturer, ne pas opprimer, ne pas asservir, ne pas violer, ne pas voler, ne pas humilier… L’humanisme est ainsi porteur de valeurs qui ont un attrait universel par leur logique et leur efficacité et qui transcendent toutes les cultures. Dans un tel cadre, l’individu, correctement instruit, reste libre et pleinement responsable de ses actes. Les notions de liberté ou de libre arbitre, de bienveillance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité sont fondamentales . Il s’agit ni plus ni moins que de faire progresser la civilisation vers une forme idéale de l’humanité, où l’homme trouverait son plein épanouissement.

Mais, à l’heure où l’interaction Homme-Machine se fait de plus en plus pressante ne sommes-nous pas en train d’assister à l’émergence d’une autre humanité, plus vaste, englobant ce qui n’est pas humain au sein de la nature ? Avec l’arrivée de l’Intelligence Artificielle à laquelle nous n’échapperons pas, on peut effectivement s’interroger sur l’avenir de l’humanisme, la notion d’humanité risque d’être brouillée… Essayons d’y voir plus clair …

I/ Au départ était la nature

Depuis des temps immémoriaux la connaissance approfondie des plantes a permis l’élaboration de breuvages, de potions et de médicaments pour guérir, soulager l’homme de ses maux. L’homme ainsi mieux armé contre les tourments et les maladies a pu au fil des millénaires se protéger mieux pour évoluer tout en capitalisant sur le savoir acquis , retransmis de générations en générations. La connaissance s’est amplifiée, la science réparatrice s’est accélérée pour fournir de puissants moyens. Les opérations chirurgicales sont apparues et ont permis un bon en avant considérable, en élargissant le champ des maladies curables. Ces belles avancées ont permis de repousser encore un peu plus loin les limites de la vie et de triompher d’accidents autrefois mortels. Cette accélération de la science et des technologies associées consacre aujourd’hui l’avènement du génie génétique. On commence à toucher à l’origine du vivant ce qui met l’homme face à de nouveaux défis. Nous ouvrons en effet la boite de Pandore : Irrémédiablement appelé à se techniciser de l’intérieur, l’homme manipule sa condition et se soumet à la plus attrayante des tentations : celle d’être le plus puissant des puissants avec en corolaire, le risque de s’annihiler. Et que dire de la possibilité qui nous est désormais offerte de carrément cloner le vivant, ou partie du vivant pour le reproduire à l’identique ? Que dire des travaux sur les cellules souches, destinées à l’obtention d’organes de rechange, compatibles à 100% destinées à servir de greffons à l’original défectueux ? Ce scénario parait bien horrible et inacceptable au plan éthique. Pourtant d’un point de vue strictement technique le clonage d’organes n’est-il pas une voie possible pour soulager l’Humanité et la délivrer de la Mort ? Ne peut-on pas par ce moyen accroitre le bonheur du plus grand nombre ? Où est le Bien où est le mal ? Même genre de question avec la recherche sur l’ADN qui décrypte les secrets de notre constitution physique, qui nous permet des manipulations génétiques de plus en plus précises ou avec le séquençage du génome humain permettant à chacun de connaître les maladies dont il est potentiellement porteur.

Autre question : Si on arrive à créer des fruits et légumes qui n’existent pas dans la nature telles que des tomates noires par exemple, pourquoi ne pas imaginer une manipulation qui touche aux caractéristiques mêmes de l’humain, comme un troisième œil à large sensibilité spectrale, ou une peau verte qui synthétise la chlorophylle ? Ces petits bonhommes verts à trois yeux, serons-ils toujours considérés comme des êtres humains ? Y’a-t ’il une forme idéale de l’humanité ? Amélioration ou sélection ? Qui décide ? Comment concilier le développement de la science tout en en limitant les abus et les dérapages. Mais qu’entend-t-on par dérapage ? Là encore tout est relatif ! N’oublions pas qu’ autopsier des cadavres était il n’y a encore pas si longtemps considéré comme un sacrilège… cela a tout de même permis des avancées scientifiques et médicales essentielles pour le bien de l’Humanité !

Ainsi, avec tous ces progrès, on a la possibilité d’augmenter les qualités de résistance, de force, d’adaptation de l’Homme à un écosystème plus large que celui d’origine. La technologie et la machine jouent de plus en plus un rôle important dans cette transformation. C’est comme cela que nous en sommes arrivés aujourd’hui au concept de l’homme augmenté qui consiste à se doter de prolongements artificiels non seulement pour se réparer mais aussi pour améliorer ses fonctions de base.

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II/ l’Homme augmenté, la machine en soutien, réalité de demain ou déjà d’aujourd’hui ?

Tout cela provient du fait que très tôt l’Homme a su fabriquer des prothèses pour remplacer un membre disparu. Toujours plus performants, ces prothèses ont été améliorées au fil du temps pour les rendre sinon naturelles tout au moins ressemblantes. Simples formes dans un première génération , ces attributs artificiels utilisent aujourd’hui les technologie dernier-cri de l’informatique et de la cybernétique pour leur donner les fonctionnalités du membre ou de l’organe perdu. Les progrès sont fulgurants et d’une prothèse inerte, on est passée à une prothèse intelligente interfacée avec les nerfs du patient et dépassant parfois même les capacités de l’organe à remplacer .

On répare l’individu pour lui-même, cette super prothèse est faite pour remplacer un organe déficient ou pour compenser un handicap individuel, la machine venant en soutien à l’individu. Il me semble que le progrès humain est ici bien notoire : pouvoir appareiller un nourrisson né sans jambes ou sans bras, permettre à un manchot équipé d’une prothèse intelligente de retrouver un membre fonctionnel … Il en est de même pour les implants de toute nature que ce soit pour recouvrer l’ouïe ou la vue, ou pour réparer les dégâts causés par un cancer ou par l’ostéoporose.

Tout cela est bien légitime et participe du progrès humain.

Mais, vous savez comme moi que tout ce qui est donné à l’homme de faire, il le fera, un jour ou l’autre. Du coup l’utilisation de la science et des prothèses et machineries intelligentes dans l’ optique de créer un être très supérieur aux autres a très certainement effleuré l’esprit de certains. Non pas pour guérir ou réparer mais uniquement dans une logique économique et militaro-industrielle de domination . Cet homme augmenté le serait pour être le plus fort, le plus rapide voire le plus intelligent. Ne soyons pas naïfs : que ce soit pour réparer ou pour augmenter, tous les êtres humains ne sont pas égaux pour en profiter. Nous touchons ici au problème, qui n’est pas nouveau, de l’inégalité de la répartition des bienfaits de la connaissance et de la technologie. Surtout lorsque celle-ci est très couteuse la technologie n’est pas accessible au plus grand nombre. L’ inégalité existe déjà avec la discrimination par l’argent qui instaure une médecine à deux vitesses. Penser que le progrès des prothèses intelligentes et de la manipulation génétique sera pour tous, reste une utopie.

Pourtant, une humanité nouvelle est en train d’émerger, se transformant petit à petit avec l’aide des machines et où ceux qui auront les moyens pourront accéder à des pouvoirs supérieurs à l’Homme «naturel». Les machines de première génération : roue, hache, levier, moteur … étaient des outils extérieurs que l’on pouvait empoigner, saisir, utiliser, ils ne changeaient pas réellement notre rapport au monde. Ils nous permettaient simplement d’agir plus efficacement. Avec l’invention d’ une coopération à grande échelle de parfaits inconnus pour accomplir des tâches complexes nous en sommes arrivés aujourd’hui à concevoir des machines beaucoup plus évoluées : ordinateurs, téléphones portables, capteurs … Toutes ces sortes de prothèses qui sont déjà des extensions de nous-mêmes, en nous rajoutant des fonctions mémoires et sensorielles inversent ce rapport : la machine n’est plus extérieure à nous, elle est directement reliée à nous. Elle est devenue le monde dans lequel on vit, pense et interagit. Une réalité augmentée s’annonce. Physiquement, la technologie se rapproche, envahit nos corps. Vous avez tous un téléphone dans la poche, des écouteurs sur les oreilles, des écrans devant les yeux. La tendance est d’être de plus en plus proche, plus invasif … Dans le même temps, avec l’expansion des dispositifs communiquant au travers de l’Internet, du WiFi , du Bluetooth, de la 5G, sous tendue par une digitalisation galopante, nous avons inventé la transmission de pensée instantanée non seulement entre les hommes mais aussi avec les machines ! Certains (Elon Musk …) sont déjà en train de mettre au point une technologie de « cordon neural » permettant de se connecter directement en se passant des claviers, souris, et autres écrans ou dispositifs considérés comme beaucoup trop lents ! Déjà, invisibles, dans les entrailles de nos réseaux des objets connectés s’immiscent dans de nombreux domaines et bousculent nos modes de fonctionnement. L’information, cette nouvelle matière première, circule à la vitesse de la lumière entre tous ces terminaux et nous et s’enrichit de façon vertigineuse, comme jamais dans l’histoire de l’humanité.

Nous sommes face à une rupture qui bouleverse inexorablement notre rapport aux autres, au monde et à soi. Quant à la liberté d’utiliser ou de repousser la technologie, celle-ci deviendra de moins en moins possible. On peut bien sûr ne pas se connecter à Internet ou ne pas avoir de portable, mais cela devient extrêmement difficile parce que la quasi-totalité des rapports sociaux quotidiens passe de plus en plus par la médiation de ces interfaces artificielles. Ainsi l’humain déconnecté va devenir l’exception et toutes ces machines vont amasser une somme considérable de données  nous concernant, y compris parmi les plus intimes.

III / Et pendant ce temps les machine continuent à évoluer de façon exponentielle

La technologie fabrique d’ores et déjà la technologie des générations suivantes cherchant systématiquement des améliorations et démontre qu’il s’agit là d’une nouvelle forme d’évolution, non pas endogène à Mère Nature mais plutôt créée de toute pièce par la pensée humaine. L’un des produits de cette gestation est l’intelligence artificielle qui arrive en force. Cette forme d’évolution est très rapide, sans attendre les adaptations que la nature mettrait des millénaires à produire …

L’homme s’était dans un premier temps contenté d’écrire des programmes pour que la machine exécute en séquence l’enchainement des actions assignées. Il y a encore peu de temps, ces programmes reposaient pour l’essentiel sur des interactions simples et des capteurs relativement rustiques, mais là encore tout va très vite ! Si récemment nous en étions encore au grille-pain, les machines deviennent intelligentes et peuvent déjà simuler une certaine conscience.

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Ainsi, il est un domaine où la machine tente de se faire passer pour un humain et où les progrès sont fulgurants : c’est le domaine des robots conversationnels  (chat bots) accessibles via Internet. Il s’agit de programmes informatiques capables de simuler une conversation (plus ou moins) intelligente avec un ou plusieurs utilisateurs humains et capable de «répondre» de manière la plus sensée possible à des requêtes exprimées par des humains, 7 jours sur 7, 24 h sur 24, sans aucune interruption. Le medium de communication peut être l’écrit ou l’oral par synthèse de la parole.

Si ces systèmes de première génération à base de programmation, simple, reposent sur l’association de questions / réponses prédéterminées, les systèmes conversationnels de seconde génération nouvellement en service, sont conçus sur la base d’algorithmes complexes faisant appel aux technologies d’intelligence artificielle. Ils peuvent changer de sujet de conversation, suggérer des sujets liés, faire preuve d’humour, simuler l’émotion. Les plus évolués disposent même d’une faculté d’apprentissage pour prendre en compte dans leurs messages les interactions passées.

Si nous avons connu une époque où l’Humain et la machine communiquaient à un niveau basique, via des signaux électriques et des boutons de commande, aujourd’hui non seulement les machines peuvent parler avec des voix de synthèse magnifiques mais grâce à la reconnaissance vocale elles peuvent réaliser une analyse sémantique de nos questions. Même si le terme «intelligent» doit encore être relativisé ces systèmes intelligents marquent donc une rupture extraordinaire : les programmes et algorithmes se sont développés au point qu’aujourd’hui la machine ne fait plus qu’exécuter bêtement : elle auto apprend et engrange des connaissances. Aussi surprenant que ce soit, la machine apprend par elle-même de ses propres échecs et des résultats de sa propre action. De surcroit, l’Homme transplante tous les jours un peu plus son intelligence dans les machines.

Cela commence à donner des résultats incroyables … Par exemple dans un cadre ludique, que ce soit au Jeu d’Echecs ou au Jeu de GO où deux adversaires sont confrontés à un nombre incalculable de configurations possibles, l’humain, croyait-on, était nécessairement supérieur à la machine. Ceci n’est plus vrai car des machines ont désormais supplanté l’Homme et sont capable de le battre régulièrement. Dans le domaine de l’apprentissage peu à peu la machine devient un incontournable médiateur avec des avatars parlant capables d’enseigner à distance, ou dans le domaine du transport avec des voitures sans pilote, commandées uniquement par une machine et différents capteurs associés. La liste est non exhaustive et grandit chaque jour. Les machines démontrent qu’elles deviennent de plus en plus intelligentes et qu’elles sont capables de traiter les données beaucoup plus rapidement que nous-mêmes.

Connectées avec Internet elles ont également accès à un cursus de règles, de programmes, de données et de puissance de calcul inégalé dans l’histoire de l’Homme. En interconnectant tout le savoir humain, ce réseau établit une nouvelle étape de civilisation, que l’on pourrait qualifier d’âge de l’esprit. Mais, si demain, par cet interfaçage et une puissance de calcul multiplié par mille les réseaux d’ordinateurs parvenaient à acquérir un certain Quotient Emotionnel ce qui est le propre de l’homme, alors qu’aurons-nous créé ? Tant que les machines n’exécutent que des enchaînements de tâches logiques, les décisions qu’elles prennent sont prédictibles et raisonnées. Mais avec l’apparition de l’émotion, ces machines-là ne deviendront-elles pas des êtres à part entière ? Seront-elles capables, de nous aider à poursuivre notre quête d’humanité, pour nous servir, pour nous augmenter ou finiront elles par nous détruire en passant à un stade imprévu de l’évolution ?

Alors oui, bien sûr, pour le moment tout cela reste en partie de la science-fiction, mais nul doute que certains travaillent pour que cela devienne réalité. Dans la Silicon Valley par exemple une société américaine nommée Replica a recréé la personnalité d’un mari décédé trop tôt à partir de tous les mails, de tous ses SMS et toutes les communications échangées entre lui et son épouse. Celle-ci a désormais l’impression de discuter à nouveau avec son mari tous les jours. Avant, on se recueillait quelques minutes devant le portrait du grand-père trônant sur une étagère. Maintenant, il y a les pages Facebook des proches décédés qui nous rappellent, à chaque instant leur absence et leurs pensées les plus intimes. Bientôt on échangera des SMS avec les avatars de nos chers disparus dont les pensées continueront d’exister dans la matrice …

IV / Qu’est ce qui fait que je suis moi, que je suis humain ?

Sont-ce mes idées, ma manière de réfléchir, mes peurs, mes angoisses, mes joies, mon histoire ou bien suis-je humain par mes caractéristiques naturelles et physiologiques ? Sans doute les deux, mais avec l’avènement des prothèses intelligentes comme vu précédemment, peut-on rester humain ? En effet, à moyenne échéance dans le futur, on peut très bien imaginer une chirurgie qui remplacera au fur et à mesure tous les organes défectueux, un bras, deux bras, une jambe, deux jambes, un poumon, un cœur, un foie, une rate, le système digestif et j’en passe … Avec une prothèse de jambe, pas de soucis sur sa condition d’humain, avec deux non plus, avec également deux prothèses de bras, pas de soucis non plus, cela existe déjà et on ne se pose pas la question. Mais si demain, un humain ne possède plus que des organes artificiels, qu’en sera-t-il ? Comment sera-t-il considéré par ses frères humains ? Avouez que cela deviendra troublant. Poussons le raisonnement encore plus loin, son cerveau décline et il y a possibilité de remplacer quelques zones de neurones dévastés par un réseau de neurones artificiels, possibilité que l’on imagine déjà à l’heure où je vous parle. Peut-on envisager comme possible l’avènement d’un être au comportement encore humain embarqué dans un corps en partie artificiel ? Sans aller jusque-là, devrons nous participer à l’élaboration du système d’exploitation qui nous interfacera à la machine ? Ne sommes-nous déjà pas dans cette recherche avec nos portables, nos ordinateurs personnels, notre mémoire dans le CLOUD ?

Du coup, l’homme se rapproche de la machine tandis que la machine englobe l’Homme peu à peu. Alors que nous sommes de plus en plus interdépendants et interconnectés, que devenons nous en tant qu’être ? Tout cela interroge notre rapport à la mort, à travers notre empreinte numérique qui peut continuer à exister au-delà de nous-mêmes. L’Humain est-il dans le contenant ou dans le contenu ? L’Humain est-il dans l’individualité ou dans le cursus commun aux hommes et aux machines ?

 

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V / Qui fait avancer la science et qui tire les ficelles ?

Autrefois la science était concentrée entre les mains de quelques chercheurs, savants et souvent philosophes. Mais aujourd’hui il faut être extrêmement vigilant : la science se développe de manière exponentielle, les technologies sont créées par des millions d’individus, chacun ne disposant que quelques compétences et connaissances. Aujourd’hui les machines créent elles-mêmes des machines si complexes qu’aucun individu ne peut embrasser à lui seul la connaissance des technologies mise en œuvre. Ces  technologies  de très grande complexité sont omni présentes et il n’est plus possible d’en contrôler complètement le développement, alors attention aux dérapages.

En effet, n’oublions pas que du fait de l’existence de multinationales qui l’ont parfaitement compris, la science est devenue un enjeu financier. Des sommes considérables y sont donc consacrées, c’est un Business lucratif dont le but n’est pas forcément l’amélioration de la condition humaine. Ainsi la science, la connaissance, la technologie sont devenus des outils de pouvoirs trop souvent laissés aux mains exclusives de lobbies qui les utilisent comme moyen de pression y compris sur les gouvernements. Avec ces technologies toujours plus puissantes, omniprésentes et plus facilement accessibles, de nombreuses expériences sont menées sans contrôle, ouvrant ainsi le champ des possibles d’une façon inimaginable. Par ailleurs j’ai bien peur que si on entraine une intelligence artificielle avec des données racistes, elle soit tout aussi raciste que ses concepteurs. Comment faire, pour tenter de réguler, d’influer d’encadrer pour éviter les dérives contraires à la dignité humaine ? Et comment définir ces mêmes dérives ?

VI) Voilà beaucoup de questions, de craintes mêlées d’espoir et de confiance en l’avenir .

Ce que je souhaitai avec ce texte, c’était montrer que au-delà d’un humanisme « classique » qui a été l’affirmation de l’individu arraché à ses chaines d’appartenances sociales et religieuses on entrevoit la nécessité d’une forme d’ humanisme plus vaste, plus difficile à appréhender, passant par l’ouverture aux réseaux d’échanges électroniques, mais aussi en lien avec ce qui n’est pas humain au sein de la nature, au sens de la théorie de Darwin. Il semble en effet que nous soyons inéluctablement conduits à nous interfacer d’une manière ou d’une autre à un monde de plus en plus artificiel mais cependant bien réel que nous avons-nous même créé dans le but de nous prolonger. Les valeurs et les caractères humains seront-ils augmentés et encore plus humains que ne l’a produit l’évolution « naturelle » ? Nul ne le sait encore mais je crois qu’on doit y réfléchir dès maintenant. Il faut reconnaître et anticiper ces changements radicaux et les possibilités provoquées par toutes ces évolutions.

Nous commençons à mieux comprendre que l’humain est bien une invention des hommes, qui repose sur notre héritage historique partagé, que toute l’humanité est un seul corps intégré, que nous sommes tous liés et dépendons tous les uns des autres, que la conscience n’existe pas uniquement dans le cerveau, que la globalisation renforce le fait que nous agissons comme un tout unique, comme un super « être ». On peut espérer que ce que nous trouverons dans cette élévation de notre plan de conscience c’est le dépassement de nous-même en tant qu’individu temporaire et forcément limité pour accéder à une perception plus globale qui n’est ni plus ni moins que l’émergence d’un champ de conscience plus vaste, une sorte de « conscience collective de l’humanité » capitalisant de génération en génération ce patrimoine précieux.

Je pense que pour guider notre force créatrice il nous faudra bien assumer les risques de la techno science, pour doter bien au-delà de notre évolution naturelle, un sens humain à la réalité  de demain. Si l’humanité entre dans une phase post-Darwinienne de l’existence, dans laquelle les humains et leurs machines contrôlent l’évolution, alors les mutations aléatoires de Mère nature doivent être remplacées par des changements guidés par la connaissance, la raison, la morale et l’éthique. Alors, les machines intelligentes mèneront notre vie mentale vers plus de créativité, de curiosité, de beauté et de bonheur.

Par contre, la disqualification des classes populaires mal ou peu formées est un vrai risque à une époque où la vague des nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives (NBIC) offre des perspectives extraordinaires pour amplifier l’aventure humaine. Etant un peu provocateur et particulièrement sceptique, il me semble que rien ne serait plus dangereux que de laisser s’installer une société de machines intelligentes conduire la vie d’ une masse d’humains aliénés par la consommation, déresponsabilisés et oisifs, fussent-ils rémunérés de façon universelle ou calmés au cannabis !

Alors, pour rendre le futur possible et vivable, entre folie technologique, appât du gain et ignorance … soyons vigilants à ne jamais abandonner les concepts de l’« individu libre et autonome» dans un cadre ou chacun doit s’appliquer au perfectionnement non seulement de lui-même mais aussi de l’humanité et de ses machines.

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A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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