La bêtise ça fait réfléchir …

Sans titre-1Depuis quelques années, la laïcité est redevenue un point de crispation du débat public. En 2008, les propos du président de la République Française décrétant la supériorité du prêtre sur l’instituteur, ont déchainé les passions. A la fin de l’année 2014 toutes ces histoires de crèches de Noël savamment déployées dans les lieux publics ont crispé tout le monde, et enfin, les tragiques évènements de début Janvier 2015 m’ont inspiré le propos qui suit.

Je n’ai pas été élevé dans la Foi. Et non ! Je suis un mécréant, je suis un apostat ! Mon éducation, mes parents, mon environnement, m’ont créé Athée et rationaliste ce qui m’a amené à me passer de religion et à trouver une morale et une spiritualité sans Dieu et sans Eglise. Ainsi, je n’ai jamais connu l’histoire du Christ racontée aux enfants au catéchisme, sinon au travers de mes filtres éducatifs et je n’ai jamais fréquenté la Messe de la Religion Catholique qui a pourtant façonné mon Pays depuis des siècles. Je ne me suis pas non plus converti à l’Islam et ne suis pas encore devenu un vieux Bonze ! Tout au long de ma vie, les rares fois où je me suis trouvé à l’église, toujours pour des mariages ou des enterrements j’ai toujours été interloqué par le contenu des propos des Prêtres, j’ai toujours eu ce sentiment que les fidèles en train de psalmodier étaient vraiment différents de tout ce que je concevais. Lorsque j’étais enfant je me disais qu’ il avait dû se passer quelque chose de grave pour que tous ces gens se transforment ainsi tous ensembles, étrangement courbés devant une force inconnue. Je me sentais si éloigné d’eux en ces moment-là, alors même que parmi eux se trouvaient souvent, des amis, des parents ! Des hommes et femmes que je côtoyais au quotidien, ayant des activités reconnues et réputées sérieuses dans le village où j’habitais, du Boulanger au Quincailler en passant même par certains professeurs du Collège ! Ce qui soit dit en passant n’avait de cesse de m’étonner ! Pourquoi devenaient ils des êtres si soumis dès leur entrée dans l’église ?

Du coup, hormis parce qu’ils s’aiment ou se supportent, aujourd’hui encore malgré tous mes efforts je me demande quel peut être le chemin de compréhension entre ceux qui croient au Ciel et ceux qui n’y croient pas. C’est pourquoi la question de la Laïcité me passionne. Mais bien au-delà de la Laïcité qui n’est au final qu’un paravent, quelles sont les forces à l’œuvre ? Je veux savoir, je veux comprendre, avec la rigueur têtue de ma logique déterministe. Mais ne suis-je pas en réalité un mauvais juge ?

Bien que ne ressentant pas le besoin de cette notion de Dieu à qui tous les êtres s’adressent dans leurs besoins, qui n’aurait point enfanté, et n’aurait point été enfanté et n’aurait point d’égal en qui que ce soit, je me suis souvent bien évidemment posé les questions récurrentes qui font qu’on peut croire en l’existence du Divin, comme par exemple : Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? – Comment l’Univers est-il né? – Pourquoi l’Univers est-il si complexe et si beau ? – Comment se fait-il que l’évolution ait abouti à ces merveilles de complexité que sont l’homme et l’environnement qui lui permet de vivre, et n’est-ce pas là une preuve qu’elle a été guidée par une volonté délibérée au lieu d’être le fait d’un hasard aveugle ? etc,etc …

Ayant d’autres explications plus matérialistes et parce que le doute m’habite, il a bien fallu que je m’explique quels pouvaient être, en dehors de l’ignorance, les raisons profondes de ce besoin fondamental de se soumettre et de croire en Dieu pour beaucoup en ce Monde. Me suspectant de ne pas être totalement objectif dans mon jugement, j’ai cru utile d’analyser préalablement ma façon typique de penser et j’ai découvert que je ne suis pas complètement libre comme je le croyais ! Eh oui ! Il semble que mon cerveau ne déclenche une action, un geste ou une pensée uniquement pour satisfaire un besoin résultant d’un état affectif ou d’une émotion : J’agis ou je réfléchis parce que j’ai faim, j’ai peur, je suis amoureux, j’ai soif de justice, j’ai besoin d’être apprécié, j’espère une récompense, etc. Et par ailleurs, mon raisonnement est le plus souvent accompagné de jugements de valeur à chaque étape, avec les émotions qui en résultent.

De même que chacune de mes perceptions physiques, ou chacune de mes pensées est jaugée en fonction de ses conséquences prévisibles, dont chacune est associée à une ou plusieurs valeurs. C’est ainsi que mon cerveau fonctionne, c’est automatique et semble-t-il, impossible à empêcher.

La conclusion logique de mes raisonnements ne cause jamais une action ou une inaction délibérées ! La plupart du temps elle me fait craindre ou espérer un résultat, dont l’appréciation produira une émotion qui justifiera une action éventuelle de ma part. C’est mon émotion qui commande ! Ma raison que je croyais si pure n’est donc qu’un outil imparfait au service de mes émotions, un outil au même titre que ma force physique, et pas plus qu’elle.

Bien qu’ issu d’un milieu « rationnel » je dois me rendre à l’évidence : Non, ma raison n’est pas toute-puissante et mon libre arbitre est limité car toutes les décisions que je crois prendre librement sont soumises à un ensemble hiérarchisé de valeurs imposées par mon inné, mon acquis et mon contexte de vie et me font percevoir le monde social et ses hiérarchies comme allant de soi dans mon modèle de valeurs. Alors de quel droit remettre en question les croyances des uns ou des autres ? Quelle arrogance ! Et, comme les croyants que je fustigeai plus haut, j’ai besoin de valeurs bien définies , comme le Bien et le Mal, le Juste et l’Injuste, la Charité et l’Indifférence, et j’ai besoin aussi d’un idéal. Il me faut admettre que dans un monde où le mal est inévitable et source de tant de souffrances, l’homme peut se consoler en pensant que son Dieu lui apportera le bonheur dans l’au-delà. Face à l’injustice, l’homme peut espérer la justice divine. Le pauvre peut espérer la charité, etc. Et comme on prête depuis toujours à Dieu la défense des valeurs positives auxquelles on veut croire et qui consolent, c’est assez rassurant. C’est comme ça ! D’ailleurs, ça tombe bien, comme un fait exprès, pour chaque religion des textes sacrés définissent des règles de morale et des principes de justice grâce auxquels les sociétés ont pu se donner des règles vie en commun acceptables et génératrices de lien social.

J’ai essayé de prendre du recul en imaginant le nombre de religions qui ont pu naître au fil des millénaires : Sachant que les premiers hominidés sont apparus en se différentiant des singes il y a environ 8 millions d’années, se transformant ensuite en l’Homo sapiens sapiens actuel en passant par des dizaines d’étapes intermédiaires, et des milliers de générations, des Dieux de toutes sortes ont défilé à qui mieux mieux ! il en existe tellement qu’il est quasiment impossible de les compter. Toutefois, on s’accorde pour distinguer 5 grands courants religieux, parmi les plus pratiqués : le Christianisme, l’Islam, le Judaïsme, l’Hindouisme et le Bouddhisme. Mais il existe aussi de nombreuses religions asiatiques, comme le Taoïsme, le Confucianisme, le Shintoïsme, le Sikhisme… L’Afrique connaît également beaucoup de religions tribales. Ensuite, chaque grande famille religieuse est souvent divisée. Chez les Chrétiens, on trouve ainsi les Catholiques, les Protestants, les Orthodoxes, les Luthériens… Les Musulmans sont soit Sunnites, soit Chiites… Sachant qu’à nouveau dans chaque religion, on trouve plusieurs confessions, plusieurs mouvances ou distinctions qui représentent plusieurs dizaines de variantes, le plus souvent lié à des problématiques historiques de conflits de pouvoirs. Cette multiplicité et cette diversité des religions montre ainsi que la même quête des hommes a eu des réponses religieuses très hétérogènes, adaptées à des lieux et des habitudes et conditions de vie spécifiques.  Les religions juive et chrétienne ont précisé leurs règles de vie dans les cinq premiers livres de l’Ancien testament (formant le Pentateuque). Et d’autres religions ont énoncé leurs codes : Confucius (Chine, 6e siècle avant J.-C.), Isocrate (Grèce, 4e siècle avant J.-C.), le Mahabharata (Inde, approximativement 2e siècle avant J.-C.), etc. Aujourd’hui encore il y a des pays comme l’Arabie Saoudite où le seul code légal est le Coran, les autres pays musulmans ayant tous des lois basées sur la Charia, loi religieuse musulmane. Ainsi il y en a eu des textes sacrés, il y en a eu des commandements ! Il y en a eu des interprétations et des variantes au fil des âges ! Et le comble est que sachant qu’il y a dans toutes ces religions des théologiens pour dire que Dieu est indicible, donc indescriptible… ces gens se tuent parce que chacun veut décrire Dieu à sa manière !!

Quant aux non croyants, selon un sondage datant d’Octobre 2013, globalement, les Athées sont 58 fois plus nombreux que les Mormons, 41 fois plus nombreux que les Juifs, et deux fois plus nombreux que les Bouddhistes. Les non-croyants constituent le quatrième plus grand groupe en ce qui concerne les croyances religieuse dans le monde, après les chrétiens, les musulmans et les hindouistes.

En tous les cas, pour moi, dans la ville de mon enfance en ce milieu des années 60 les coutumes religieuses locales se traduisaient concrètement entre autres, par ces belles soirées de Noël avec tous les petits objets religieux dans les rues …toutes ces crèches avec leurs Rois Mages, leurs agneaux bêlants, tous ces signes évidents d’appartenance à une culture commune bien ancrée localement. Fort heureusement il n’y avait pas chez nous de codes de conduite intransigeant. Aussi Je les percevais plutôt comme les symboles d’une très vieille histoire qui ne me pesait pas car, merci la République, j’ai eu le choix, j’étais libre, libre de penser, libre de ne pas croire, libre aussi de faire la Noël à la maison comme un parfait petit croyant alors même que le petit Jésus et tout le Saint Frusquin ne faisaient pas partie des invités ! C’était chaque fois et même sans Dieu, une belle fête illuminée d’Amour et cela me suffisait. Et de surcroit j’aimais le son des cloches de l’église voisine !

Depuis j’ai continué avec mes propres enfants cette habitude de la soirée de Noël alors même que je leur enseignais que, si jamais Dieu existe, il ne peut avoir figure humaine. Et aussi qu’une certaine Marie ne pouvait enfanter sans l’action externe d’un mâle équipé de façon idoine, et que la Terre existant depuis 4 ou 5 Milliards d’années ce n’était pas une histoire de 2000 ans qui pouvait tout expliquer, etc, etc … Je me souviens aussi particulièrement que pendant les Noël de mon enfance où nous profitions égoïstement de nos cadeaux, ma mère n’oubliait jamais d’évoquer à ses enfants la misère du Monde pour nous faire comprendre notre chance d’être né à l’abri du besoin. Nous avons eu l’Amour et la protection, quand d’autres n’avaient que la peine à partager !

Du coup, alors que le son du carillon assourdi par la neige tintait dans l’église d’à côté pour fêter un Bon Dieu unificateur, je me disais qu’il y avait quand même un autre truc qui clochait ailleurs : cette sorte de contradiction fondamentale dans le concept même d’un Dieu infiniment bon, avec Sa Providence qui intervient dans les situations graves où le mal pourrait prévaloir : comment se faisait-il, alors, que l’on constatait dans le monde autant de disparités, de souffrances et d’injustices, et pourquoi Dieu laissai-t-il l’homme faire autant de mal ? J’ai appris depuis que cette contradiction avait déjà été relevée avant même l’époque de Jésus Christ, par Epicure (-342, -270 avant JC): « Ou bien Dieu veut éliminer le mal et ne le peut ; ou il le peut et ne le veut ; ou il ne le veut ni ne le peut ; ou il le veut et le peut. S’il le veut et ne le peut, il est impuissant, ce qui ne convient pas à Dieu ; s’il le peut et ne le veut, il est méchant, ce qui est étranger à Dieu. S’il ne le peut ni le veut, il est à la fois impuissant et méchant, il n’est donc pas Dieu. S’il le veut et le peut, ce qui convient seul à Dieu, d’où vient donc le mal, ou pourquoi Dieu ne le supprime-t-il pas ? »

Cette contradiction à elle seule permet de comprendre pourquoi tous les fidèles ont en ce domaine renoncé à être logiques et à chercher à comprendre en admettant tout simplement que : « Les voies du Seigneur sont impénétrables ». Et toc ! C’est comme ça ! On a toujours fait comme ça ! Bon. Puisqu’on te le dit … En somme, la religion leur avait été révélée par lien familial de générations en générations et cette révélation devait être acceptée sans être soumise à critique rationnelle! D’ailleurs, comme le Christianisme, le judaïsme et aussi l’islam sont des religions révélées : chacune affirme l’existence de Dieu et précise ses commandements en demandant à l’homme de les croire sans démonstration ou preuve expérimentale. Pour elles, la recherche de preuves logiques de l’existence de Dieu n’a pas de raison d’être.

Au fil des générations de fidèles cela est devenu inconsciemment naturel , cela est devenu culturel et par conséquent indiscutable ! En fait il s’agit moins d’une question de croyance pure que d’une question d’ordre culturel et d’habitus. Du coup, je comprends bien que lorsqu’autour de soi, sa propre famille qu’on aime et qu’on respecte, le corps social environnant dont on veut faire partie, bref, tout le monde y croit, alors l’existence d’un Dieu créateur devient une évidence.

Aussi, malgré mon incroyance il me faut admettre qu’expliquer ce qu’on ne comprends pas par l’existence et la volonté d’un Dieu, peut permettre d’éviter de continuer à chercher une réponse en restant dans l’incertitude car c’est tellement rassurant. Et puis chercher à s’en extraire est tellement difficile et demande tellement d’explications à fournir aux proches qui ne comprennent pas ! Pourquoi leur faire de la peine ? Il n’y a qu’à faire semblant … On a tous fait semblant à un moment ou à un autre. Malheureusement, il y a des intégristes, des « vrais de vrais » qui ne font pas semblant et qui n’admettent aucune entorse à la doctrine locale ! Or j’ai pu constater que bien que les religions possèdent des valeurs communes, leurs enseignements diffèrent sur bien d’autres. Et ces différences ne sont pas limitées au domaine de la foi, elles concernent aussi le domaine culturel justement, le domaine qui s’exprime naturellement sur la voie public. Et comme de façon générale les valeurs morales d’une religion (ou les valeurs esthétiques d’une culture) ne sont valables à priori que pour les fidèles de cette religion-là ou pour les personnes qui ont cette culture-là, pas pour les fidèles des autres religions ou pas pour les athées comme moi, ni pour les personnes qui ont d’autres cultures, ceci n’est pas sans conséquence. En effet, en supposant que la vérité est une :

· Si on considère une religion, dans la totalité des vérités qu’elle révèle, comme nécessairement ou vraie ou fausse, alors il y a tout au plus une seule des multiples religions qui est vraie, toutes les autres étant fausses, tant pis pour leurs adeptes.

· Si on considère d’autre part une religion comme pouvant être partiellement vraie et partiellement fausse, on se dresse contre tous les croyants de chacune des religions, qui n’acceptent pas d’en discuter la moindre partie.

Voilà donc le germe de la gangrène : Si on prenait ces 2 points au « pied de la lettre » comme certains illuminés, une croyance religieuse serait donc intrinsèquement intolérante : elle ne pourrait que renier toutes les autres, les traiter d’hérésies et leurs fidèles d’hérétiques. Dans ces conditions, un fidèle a le droit de ne pas croire sauf lorsqu’il s’agit de sa religion : en matière de foi, il doit renoncer à être rationnel. Personnellement cela m’a toujours gêné ! D’ailleurs je ne suis pas le seul car il y a pas mal de gens qui ont fini par trouver un tel renoncement suspect, voire insultant pour leur intelligence, leur liberté et leur dignité d’homme.

Ceci a enclenché en réaction à l’idée de ce Dieu «impénétrable » un processus de transformation inéluctable, un processus lent, très lent, qui a pris des siècles et qui est cependant bien loin d’être terminé … Même si historiquement, les grandes religions monothéistes ont eu des rôles importants dans les sociétés humaines en tant qu’ apport culturel et moral, en tant que lien social entre les croyants qui étaient la grande majorité, voilà pourquoi aujourd’hui on peut constater que ces influences ont beaucoup diminué au fur et à mesure que le progrès des connaissances faisait reculer l’ignorance.

Peu à peu, avec beaucoup de courage et d’opiniâtreté l’homme a remplacé les vérités révélées, éternelles et infalsifiables, par des vérités démontrées. Celles-ci sont vérifiables même si chaque connaissance peut un jour être remplacée par une connaissance plus approfondie. Au fur et à mesure du progrès des sociétés, c’est-à-dire de leurs institutions et des règles de vie admises par leurs citoyens, le besoin de valeurs et règles d’inspiration divine a diminué. C’est ainsi que la science explique ce qu’elle peut du monde sans jamais invoquer Dieu et de plus elle donne le sens critique ! Peu à peu, dans nos démocraties modernes, on a remplacé les lois provenant de textes sacrés (comme l’abstinence de relations sexuelles hors mariage, l’excision des femmes, le rejet de l’apostat …), par des lois imaginées et votées par des hommes et les femmes. On a remplacé des tyrans « Roi par la grâce de Dieu » par des gouvernements issus d’élections libres, et des sociétés à classes privilégiées (comme la noblesse et le clergé) par des sociétés d’hommes et de femmes égaux ou presque …

Ceci étant dit, il me semble qu’à jamais, nous ne disposerons que de vérités relatives et que les causes primordiales à l’origine du monde nous seront pour toujours, inaccessibles. Ce qui me tient lieu de raison est toujours dans l’impossibilité de conclure avec certitude à l’existence ou la non-existence de quelque chose de transcendant qui puisse influer sur notre Univers.   J’admets donc que ceci puisse être un a priori que chacun de nous a le droit de postuler ou non. En corolaire, je revendique que le choix d’être athée est tout autant justifié – ou peu justifié – que le choix d’être croyant. Ce droit n’a pas été remis en question grâce à la stabilité de notre Constitution ! Restons vigilants quand même, comme vous le savez, rien n’est jamais acquis …

En tous les cas, que l’on soit croyant ou non, il faut pouvoir adopter, à l’échelle individuelle comme à l’échelle sociétale, une morale, c’est-à-dire des règles de comportement permettant une vie en société harmonieuse. Le problème est alors de définir et justifier des règles où l’égoïsme voire l’obscurantisme de l’individu passe après l’intérêt de la société. D’après ce que j’en ai compris, pour un croyant, toutes les actions, bonnes ou mauvaises, sont tôt ou tard récompensées ou punies par Dieu. Il est donc indispensable de postuler son existence pour justifier logiquement l’obligation de chacun de faire son devoir. Par contre pour un athée, une bonne action n’est pas nécessairement récompensée et une mauvaise action n’est pas nécessairement punie. Il n’y a donc pas de raison logique de respecter les règles morales. Du coup il revient à la société de promulguer, enseigner puis faire respecter des lois. Par exemple, en France, la laïcité n’est pas seulement une neutralité vis-à-vis de croyances et pratiques religieuses diverses, c’est aussi et surtout le remplacement de valeurs révélées et imposées par des valeurs négociées et votées le plus démocratiquement possible. Ceci entraîne inévitablement de la part des citoyens de la République qui sont croyants soit une acceptation de cette morale globale et donc une lecture plus souple de leurs textes et commandements religieux respectifs, soit un raidissement face à ce que d’aucuns pourraient considérer comme une forme de contrôle par un supposé athéisme de la République! Avec comme autre conséquence en réaction, un raidissement proportionnel de certains concitoyens non croyants.

Si il ne faut en aucun cas faire acte de complaisance envers le fascisme qu’il soit religieux ou anti religieux, car la complaisance active ou passive, directe ou indirecte, lui sert de trépied, il ne faut pas non plus être aveugle. Soyons conscients que le penchant quasi naturel d’une partie de nos concitoyens est de considérer que la France n’est la France que quand elle est blanche, catholique, apostolique et romaine. Pour être tout à fait impartial il faut dans le même temps noter la difficulté d’une partie des populations musulmanes de ce Pays d’intégrer l’esprit critique jusque dans le champ du sacré qui ordonne que la charia est la seule loi qui compte vraiment et qui préfèrent la communauté des croyants (Oumma) sur toute autre forme d’organisation politique et sociale …

A la sombre lueur des évènements récents, en tant qu’ Athée, je perçois qu’il ne faut pas que je reste insensible à l’intérêt de bien comprendre les forces à l’œuvre au sein de telle ou telle culture religieuse au prétexte que n’étant pas croyant ce n’est pas mon problème. En tant que citoyen dans le cadre d’une République Laïque  c’est mon problème: par exemple, la séparation de l’Eglise et de l’Etat ne nous abstient pas de réfléchir tous ensembles à la façon de mieux adapter notre République et plus globalement le territoire Européen à des populations issues de l’immigration récente et en particulier musulman. Il ne s’agit pas d’en rester à des attitudes coercitives envers des prêcheurs et des fidèles trop fondamentalistes, ce qui ne résoudra rien à moyen terme. Je ne me suis jamais préoccupé par exemple de la formation des prêtres catholiques, me disant que ceci est de la responsabilité des paroissiens et pas de l’Etat. Il s’agit là d’une posture liée à l’historique du territoire français sur lequel se trouve des églises dans chaque village datant pratiquement toutes d’avant la Loi de 1905. Il n’en est pas de même avec le Culte Musulman, ses Mosquées et ses Imams. Au prétexte de la séparation de l’Eglise et de l’Etat on a cru bon de ne pas s’immiscer dans leur sphère cultuelle, ni même de participer, à de rares exceptions près, à faciliter l’accès ou au financement de leurs lieux de cultes. Cela a non seulement abouti au financement de mosquées par des Pays tels que le Qatar ou l’Arabie Saoudite dont on connait les dérives fondamentalistes mais aussi à l’arrivée au cœur même de nos territoires de prêcheurs encourageant un Islamisme Salafiste radical.  Il faut être prêt à une forme d’auto critique : nous l’avons favorisé ! Il y a une centaine de lieux de culte entre les mains de Salafistes en France qui tiennent un discours rigoriste et de rupture avec la société. C’est là que bon nombre d’adolescents dans la relégation périurbaine et les ghettos (mais pas uniquement là) se font happer par les forces obscures. Internet et les réseaux sociaux font le reste. Or on ne peut pas avoir le même discours, si l’on vit en Algérie, au Maroc ou en France. J’en arrive alors à formuler une parole qui pour moi l’Athée, le sans Dieu, était encore il y a peu inimaginable dans ma bouche : une formation encadrée des 2 400 imams en France est sans doute l’une des clés du problème pour lutter contre ce radicalisme religieux rampant. Mais quant à l’école Publique et il ne faut en aucun cas transiger sur ce point non seulement la foi n’y a pas sa place, mais elle doit encore avec plus de force transmettre les valeurs républicaines et enseigner Voltaire ou Diderot et expliquer Darwin ! …

CONCLUSION : Ne soyons  pas des intégristes nous-mêmes en mettant de « l’huile sur le feu »  ! Calmons nous ! La Démocratie est fragile et la laïcité est trop précieuse pour être confisquée par des frénétiques de tous bords ! Par contre, sous réserve du respect de l’individu, quel qu’il soit, et de celui des lois de la République, il faudra continuer à se battre encore et encore pour que dans notre Pays la discussion libre continue à s’exercer dans tous les domaines, religieux, politiques, modes de vie, etc … C’est là toute la difficulté pour l’ordre Républicain d’être capable de montrer dans la nuance, sans blesser les consciences et loin des ressentiments et des haines cristallisés par certains, l’intérêt d’une parole libre, la valeur inestimable de l’argumentation. Si, dans ce Pays de la Raison, qui est le mien,  je n’acceptai pas ces principes pour moi-même  il me semble bien que, souhaitant ardemment mettre fin de façon radicale à l’obscurantisme religieux sous toutes ses formes  je n’aurais de respect pour aucune Religion ni aucun de ses serviteurs. Je laisserai déborder mes émotions. Ce serait une erreur grossière …  Je deviendrais alors un homme haineux, peu respectable, ni respecté. Je serais non seulement incapable de nouer un dialogue constructif avec tous ceux qui croient au ciel et qui sont pourtant mes frères humains ni ne serais non plus capable de promouvoir une société qui aurait à la fois une aspiration à une intimité avec « l’Etre » et un sens critique largement développé, gage de  liberté d’expression.

Le respect par tous les citoyens, croyants ou incroyants, des principes constitutionnels de la Laïcité  en France devrait amplement suffire comme levier d’appui et d’émancipation vers une culture d’appartenance commune, porteuse d’avenir et de progrès. Mais la condition sine qua non est que l’éducation, la morale, la culture, doivent avoir pour premier objet de nous aider à approfondir notre humanité. Encore faut-il le vouloir … Encore faut-il le pouvoir … Et encore faut-il le comprendre ! En ce domaine comme dans d’autres la Nation peut-elle encore jouer son rôle pédagogique et protecteur ? Un travail d’éducation, en France est à beaucoup d’égards à refaire et notre politique extérieure doit aussi être clarifiée.

L’acte de barbarie perpétré le 7 Janvier dernier contre Charlie Hebdo nous montre non seulement à quel point un pays de liberté d’expression comme la France peut paradoxalement porter en son sein l’obscurantisme religieux le plus primitif mais aussi à quel point d’autres pays ne sont pas prêts à l’auto critique. Mais je veux croire en la capacité de notre Nation à faire front uni pour déjouer par le dialogue, l’esprit de responsabilité et d’engagement les pièges infâmes de l’ignorance que sont la haine, la division et les discriminations qui conduisent à la folie meurtrière.

Par-delà ses erreurs passées et parce qu’elle assure aujourd’hui  une très grande liberté de conscience à tous ses citoyens, la France qui ne représente pourtant que 0,9 % de la population mondiale, a toujours été un phare culturel et un pôle d’émancipation des consciences. Faire en sorte qu’elle le reste pour comprendre toujours mieux le Monde dans lequel nous sommes, avec des arguments tels que la liberté d’expression, la démocratie, les droits de l’homme, la justice et la raison,  voilà pour moi un bel idéal !

Mais il faudra aussi se souvenir que dans notre « belle République » les quartiers les plus précarisés, où le taux de chômage est particulièrement élevé, ont près de 42% de leur population composés d’immigrés d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de Turquie contre seulement 10% de population majoritaire …

Bon maintenant un peu de musique pour digérer tout ça avec d’abord du Pink Floyd …

Puis, oui il faut écouter ça … c’est très dur, “Lettre à la République” du rappeur français Kerry James.

Et encore un peu de musique, avec Ibrahim Maalouf, si, si… la musique adoucit les mœurs !

image_124549_v2_m56577569831259120 Et la version “biblique” de ce texte est ICI

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A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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