Un très beau texte

Un ami m’a fait parvenir un très beau texte en ce début d’année 2013.

Il est du philosophe Henri Peña-Ruiz

Je vous le livre in-extenso dans ce Blog car je le trouve magnifique et aussi parce que je suis d’accord avec tout ce qui est dit…

Au seuil de cette nouvelle année, je vous souhaite le meilleur de la vie.

Le bonheur est fait de jouissances multiples, et quand celles-ci se présentent, nulle certitude ne nous permet de penser qu’elles dureront toujours. Aussi faut-il suivre Epicure lorsqu’il nous invite à goûter les plaisirs multiples qui rappellent l’être humain à sa vocation : composer le bonheur avec ces moments d’accomplissement.

L’urgence est donc de vivre le présent dans sa plénitude. Le présent, c’est le seul temps qui nous appartienne vraiment.

Ronsard souligne ce gai savoir en se faisant l’écho poétique de la maxime de sagesse épicurienne :

                « Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain…

                Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »

Dès lors il faut mesurer le prix des divers plaisirs que nous offre la vie, et ils sont nombreux: plaisir d’amour et d’amitié, plaisir de musique et de poésie, de peinture et de lecture, plaisir de penser, plaisir de connaître et de sentir, de courir et de marcher, de construire et de créer, de se souvenir et d’imaginer, de jouer seul ou en équipe. Plaisir de jouir des autres et de soi, de goûter la présence et de chérir l’absent ou l’absente. Moments de lumière que l’ombre portée des souffrances ne saurait ternir même si elle nous rappelle notre finitude.

D’un même élan le sage nous encourage à prendre soin de nos pensées, pour  déraciner les fausses frayeurs et les mystifications, pour vivre serein et libre. En somme, philosopher, en première personne, sans déléguer jamais la puissance de jugement qui signe la liberté humaine. À nous de goûter ainsi la joie de penser qui se diffuse en nous comme une émotion intérieure. Une telle joie ne dépend que de nous.

Pourtant, il y a le monde déchiré où nous vivons et sa rumeur tragique. Pourtant il y a la détresse multipliée de nos semblables. Trop d’êtres humains aujourd’hui sont privés de présent comme d’avenir, et ne peuvent jouir de la vie car elle ne leur est même pas assurée. Et ceci alors que l’Humanité dispose des moyens de l’accomplissement universel. Étrange paradoxe. Fasse cette nouvelle année advenir un peu plus de justice pour tous. Solidarité !

Eluard y insistait : « Il ne faut pas de tout pour faire un monde ; il faut du bonheur et rien d’autre ».

Soyons assez forts et généreux pour interpeller cette scandaleuse coexistence de la misère moderne et de l’opulence extrême, non pour tout niveler, mais pour que l’humanité se souvienne qu’elle est une, qu’elle vit en chacun de nous et en tous, et que sa figure mutilée en est la révoltante blessure. Voyez l’enfant misérable…« C’est Mozart qu’on assassine » (Saint-Exupéry dans Terre des Hommes) On mesure le degré de civilisation d’une société au sort qu’elle réserve aux plus démunis. Fourier puis Engels le rappelèrent, et aujourd’hui c’est sans doute plus vrai que jamais.       

Que sont donc devenus les idéaux  dans un monde que trop vite on a dit désenchanté? Trahis souvent, ils ne sont pas morts pour autant. Ils existent, bien réels, ne serait-ce que dans l’aspiration de la conscience qui résiste à l’oppression et aux injustices multiformes. Sachons les faire vivre, pour redonner sens aux mots qui les incarnent. Des mots forts, où résonne l’idéal d’une humanité accomplie. L’humain d’abord !

Laïcité et République, pour partager un monde commun à tous dans la liberté de conscience et l’égalité des droits, en se délivrant de l’obsession des différences.  À l’horizon, l’émancipation individuelle et collective.

Démocratie, pour que la souveraineté du peuple et des citoyens qui le composent ne soit pas abolie au profit d’experts faussement neutres.

Justice pour tous, afin que la fraternité refonde le lien social.

Égalité des sexes, pour que chacun s’élève au meilleur de lui-même. Aragon :« la femme est l’avenir de l’homme ». À l’homme de s’affranchir des réflexes dominateurs et des sacralisations religieuses qui les justifient.

Services publics, afin que le progrès économique retrouve sa dimension sociale, et se traduise par un authentique  partage des conditions d’une vie digne.

Responsabilité écologique, pour ne jamais oublier que la Terre est notre demeure, et ne se réduit pas à un réservoir de ressources indéfiniment pillées.

Paix et fraternité, fondées sur les mêmes droits reconnus à tous les peuples afin que les nations ne dérivent pas dans la haine réciproque.

Hospitalité universelle, pour que la Terre soit notre cité commune. En République laïque, il n’y a pas d’étranger, car le droit peut unir tous les êtres humains abstraction faite de ce qui les distingue. D’ailleurs chacun d’entre nous peut-il vraiment oublier qu’il n’est que de passage? Son lieu de séjour, plus ou moins durable, ne lui appartient que provisoirement.

Humanisme cosmopolite, par la volonté de se définir « Patriote de l’humanité » selon la formule de Victor Hugo.

Tout en aimant notre pays, sachons congédier à jamais le racisme, la xénophobie, et le mauvais nationalisme qui rature l’unité de l’humanité.

Arts et culture, afin que la mémoire du beau et du vrai nourrisse la vie et l’accomplisse pleinement.  

Bonne  et heureuse année 2013 !

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A propos jeangaillat

Marié, 2 enfants, Charlotte et Alexis
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